Quelles sont les retombées du pharmacien communautaire dans le dépistage et la prise en charge de l’arthrose du genou?

Marra CA, Cibere J, Grubisic M, Grindrod KA, Gastonguay L, Thomas JM, Embley P, Colley L, Tsuyuki RT, Khan KM, Esdaile JM. Pharmacist-initiated intervention trial in osteoarthritis: a multidisciplinary intervention for knee osteoarthritis. Arthritis Care Res (Hoboken). 2012 Dec;64(12):1837-45. doi: 10.1002/acr.21763. PubMed PMID: 22930542.

Ce que cette étude nous apprend

  • Essai randomisé en grappes et contrôlé se déroulant au sein de 32 pharmacies communautaires à Vancouver, au Canada.
  • Échantillon de 139 patients âgés de 50 ans ou plus et avec un IMC d’au moins 25 kg/m2. Les patients avec des douleurs et/ou raideurs aux genoux mais sans diagnostic d’arthrose aux genoux étaient éligibles. Après randomisation des pharmacies participantes, 73 patients ont été assignés à l’intervention et 66 patients ont été assignés au groupe contrôle.
  • Les participants du groupe intervention ont été reçus en consultation individuelle par le pharmacien. Ce dernier leur a fourni du matériel éducatif sur l’arthrose, les symptômes qui s’y rattachent et les médicaments utilisés à cet effet. Le pharmacien a complété une histoire médicamenteuse, a référé le participant à un physiothérapeute spécialisé en arthrose et a faxé une lettre à l’omnipraticien du participant. Cette lettre contenait les recommandations du pharmacien quant à la possibilité d’arthrose non diagnostiquée et quant aux modifications de la pharmacothérapie. Le physiothérapeute a évalué tous les patients du groupe intervention et leur a recommandé ou non un programme d’exercices, incluant 2 séances organisées par semaine pendant 6 semaines. Les participants du groupe contrôle ont reçu un pamphlet éducatif sur l’arthrose. Le résultat principal était la conformité entre les soins donnés et les indicateurs de qualité de la prise en charge de l’arthrose tels qu’identifiés par la Fondation de l’arthrite, mesurée à 6 mois. Les résultats secondaires étaient le Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index (WOMAC), le Lower Extremities Function Scale (LEFS), le Health Utilities Index Mark 3 (HUI3) et le Paper Adaptive Test 5D (PAT-5D), mesurés à la base, à 3 mois et à 6 mois.
  • Le taux de conformité entre les soins fournis et les indicateurs de qualité de prise en charge de l’arthrose était plus élevé de 45.2% dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p<0.0001).
  • Les patients du groupe intervention ont reçu des soins de meilleure qualité que les patients du groupe contrôle au niveau de l’évaluation de la douleur (p=0.02), des exercices recommandés (p<0.0001), de l’éducation thérapeutique (p<0.0001), de la perte de poids visée (p=0.004) et des radiographies recommandées (p<0.0001).
  • La douleur, la raideur et le handicap étaient moins importants dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle, selon le score WOMAC à 3 mois (p<0.05) et à 6 mois (p<0.05).
  • La qualité de vie reliée aux activités quotidiennes était meilleure dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle, selon le score PAT-5D à 3 mois (p<0.05) et à 6 mois (p<0.05).
  • La mobilité des membres inférieurs était meilleure dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle, selon le score LEFS à 6 mois (p<0.05). La différence mesurée par le LEFS n’était pas significative à 3 mois (p>0.05).
  • La douleur était mieux contrôlée dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle, selon le score HUI3 à 3 mois (p<0.05) et à 6 mois (p<0.05). Les différences mesurées par le HUI3 au niveau de l’état de santé général et de la qualité de vie générale n’étaient pas significatives à 3 mois (p>0.05) ni à 6 mois (p>0.05).

Ce que nous savions déjà

  • En douleur, le rôle et les retombées du pharmacien sont bien documentés. Plusieurs études font état des activités pharmaceutiques réalisées par le pharmacien dans ce domaine, notamment les conseils individuels aux patients, les réponses aux questions et l’évaluation de la pharmacothérapie.
  • Une étude rapporte les retombées positives du pharmacien sur le score WOMAC PMID17056608.
  • On peut consulter le site Impact pharmacie et la fiche synthèse «douleur».

Ce qu’on se pose comme questions

  • Quel a été le taux de patients inclus et exclus par les pharmaciens qui souffraient réellement d’arthrose du genou, c’est-à-dire les vrais positifs et les faux négatifs?
  • Le taux de participation faible et variable aux 12 séances de physiothérapie prescrites (49,6% ± 39,4%) a-t-il eu un impact sur les résultats obtenus?
  • L’impact des consultations en physiothérapie est-il généralisable aux physiothérapeutes non spécialisés en arthrose et hors d’un contexte d’étude clinique?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la possibilité de contribuer au dépistage de l’arthrose chez les patients de votre milieu de pratique, à l’aide d’outils validés.
  • Communiquer avec les physiothérapeutes situés près de votre milieu de pratique pour en apprendre davantage sur la prise en charge des patients souffrant d’arthrose.
  • Vous familiariser avec les indicateurs de qualité de prise en charge de l’arthrose de la Fondation de l’arthrite.

Auteur : Émile Demers

Relecteur: Mylène Breton

Création : 3 juin 2015

Publication: 26 Août 2015

Gestion d’une clinique d’ajustement de la pharmacothérapie de l’insuffisance cardiaque: pharmaciens versus infirmières et médecins, quels résultats?

Martinez AS, Saef J, Paszczuk A, Bhatt-Chugani H. Implementation of a pharmacist-managed heart failure medication titration clinic. Am J Health Syst Pharm. 2013 Jun 15;70(12):1070-6. 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude avant-après, rétrospective au sein d’une clinique d’insuffisance cardiaque aux États-Unis.
  • Échantillon de 55 patients dont 28 dans le groupe intervention et 27 dans le groupe contrôle.
  • Afin d’améliorer la prise en charge de la pharmacothérapie des patients insuffisants cardiaques, une clinique d’ajustement de la pharmacothérapie gérée par des pharmaciens a été mise en place. Les pharmaciens de la clinique ont évalué, ont initié et ajusté la thérapie en suivant des protocoles spécifiques. Ils ont suivi les paramètres clinico-biologiques des patients: demande de tests de laboratoire, suivi du poids, des signes vitaux et du statut volumique des patients. Les suivis ont été menés en personne ou par téléphone à des intervalles de deux semaines jusqu’à l’atteinte des doses cibles. Au cours des appels téléphonique, les pharmaciens ont accordé du temps pour l’enseignement au patient. Le groupe contrôle incluait les patients dont l’ajustement de la pharmacothérapie a été pris en charge par une infirmière ou un médecin avant la mise en place de la dite clinique.
  • Pourcentages de patients chez qui les doses cibles de IECA/ARA ont été atteintes: différence significative entre le groupe contrôle et le groupe intervention: 31% (n=28) et 52,9% (n=27) respectivement, p=0,007.
  • Pourcentages de patients chez qui les doses cibles de béta-bloquants ont été atteintes: différence significative entre le groupe contrôle et le groupe intervention: 24,7% (n=23) et 49% (n=23) respectivement, p=0,012.
  • Pourcentages moyens des doses cibles atteintes pour les IECA/ARA: différence significative entre le groupe contrôle et le groupe intervention p=0,004 (les pourcentages ne sont pas présentés dans l’article).
  • Pourcentages moyens des doses cibles atteintes pour les béta-bloquants: différence significative entre le groupe contrôle et le groupe intervention p=0,04 (les pourcentages ne sont pas présentés dans l’article).

Ce que nous savions déjà

  • Le rôle et les retombées du pharmacien dans l’insuffisance cardiaque sont relativement bien documentés. Des études recensent son implication aux niveaux des bilans comparatifs de médicaments à l’arrivée et au départ, des conseils aux patients individuels et en groupe, de l’éducation thérapeutique, de l’évaluation de l’utilisation des médicaments, de l’enseignement à l’extérieur du département de pharmacie, de l’évaluation de la pharmacothérapie, des réponses aux questions, aux niveaux des réunions multidisciplinaires, des suivis de conformité, de la surveillance de la pharmacothérapie, de la prescription des médicaments et des tournées cliniques.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Insuffisance cardiaque»

Ce qu’on se pose comme question

  • Le devis de l’étude était-il adéquat pour permettre une évaluation juste des retombées du travail du pharmacien dans une telle clinique?
  • L’étude n’a pas cherché à évaluer les retombées de la prise en charge des patients sur la mortalité et la morbidité. Peut-on espérer une différence au niveau de ces marqueurs?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la possibilité de mise en place de cliniques d’ajustement gérées par des pharmaciens.
  • Réfléchir aux retombées possibles sur le système de santé.

Auteur : Émilie Mégrourèche
Relecteurs: Mylène Breton
Création : 22 mai 2015
Publication : 24 juin 2015

Le pharmacien prescripteur : quel impact en chirurgie?

Hale AR, Coombes ID, Stokes J, McDougall D, Whitfield K, Maycock E, Nissen L. Perioperative medication management: expanding the role of the preadmission clinic pharmacist in a single centre, randomised controlled trial of collaborative prescribing. BMJ Open. 2013 Jul 11;3(7). 

Ce que cette étude nous apprend

  • Essai randomisé contrôlé à simple insu, mené en clinique de pré-admission pour chirurgie élective au sein d’un centre de soins tertiaires de Brisbane, Australie.
  • Échantillon de 284 patients âgés de 18 ans ou plus, admis pour chirurgie élective dont 194 sont randomisés dans le groupe intervention et 190 dans le groupe contrôle.
  • Dans le groupe intervention, le pharmacien était le premier professionnel de la santé à évaluer le patient en vue de sa chirurgie.  Il a complété le bilan comparatif des médicaments à l’arrivée et a prescrit la poursuite ou la suspension de traitements chroniques. Le pharmacien a aussi prescrit une thromboprophylaxie appropriée suite à son évaluation des besoins et des risques. Les prescriptions ont été contre-signées par le chirurgien. L’intervention est comparée à la démarche habituelle, où le pharmacien complète le bilan comparatif des médicaments avant ou après les ordonnances d’admission du chirurgien. Ce dernier a rédigé toutes les prescriptions pour le groupe contrôle, incluant la thromboprophylaxie.
  • Le taux de divergence non intentionnelle entre les ordonnances à l’admission et le bilan comparatif des médicaments était plus faible dans le groupe intervention (p<0,001).
  • L’odds ratio d’une omission de represcrire un médicament à l’admission pour un patient du groupe contrôle, comparé à un patient du groupe intervention, était de 41,0 ([IC95% 20,6 – 81,8]; p<0,001).
  • Le taux de divergence non intentionnelle entre les ordonnances à l’admission et le bilan comparatif des médicaments était plus faible dans le groupe intervention au niveau des erreurs de nom de médicament (p<0,001), de dose (p<0,001), de fréquence d’administration (p<0,001), d’horaire d’administration (p<0,001), de forme galénique (p<0,001) et de dose maximale pour les ordonnances au besoin (p<0,001).
  • En clinique de pré-admission, les thromboprophylaxies étaient plus souvent prescrites de façon adéquate dans le groupe intervention (ordonnance du pharmacien contre-signée par le médecin) que dans le groupe contrôle (ordonnance du médecin) (p<0,001).
  • Le taux de documentation des besoins et contre-indications de thromboprophylaxie était plus élevé dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle (p<0,001).

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et les retombées du pharmacien en chirurgie. Aucune étude décrivant spécifiquement le rôle du pharmacien comme prescripteur dans un contexte de chirurgie élective n’a été documentée.
  • Plusieurs études décrivent les activités pharmaceutiques réalisées en contexte de chirurgie, notamment le bilan comparatif des médicaments à l’arrivée PMID20689119, PMID18165755, PMID11411447, PMID8442467 ,PMID17533206, PMID21798782PMID22165359.
  • Certaines études rapportent aussi les retombées positives du pharmacien sur le nombre de médicaments prescrits à une dose ou une fréquence incorrecte PMID22165359 et sur le nombre de patients ayant au moins une discordance entre l’admission et la période post-opératoires PMID17533206 .
  • Certains articles relatent le rôle du pharmacien sur le nombre d’erreurs lors de la réconciliation médicamenteuse PMID21798782, le type d’erreurs de médication PMID18165755 et le nombre de prescriptions comportant une erreur de médication PMID18165755.
  • On peut consulter le site Impact pharmacie et la fiche synthèse «chirurgie».
  • On peut également consulter l’affiche Impact and role of pharmacist in surgery, présentée au congrès de l’ESCP en octobre 2013 à Prague (République Tchèque).

Ce qu’on se pose comme question

  • La reproductibilité des résultats pourrait-elle être compromise par la nature mono-centrique de l’étude, ou par le fait que le groupe intervention n’ait compris qu’un seul pharmacien prescripteur spécialisé?
  • Le nombre de prescriptions par patient, plus élevé dans le groupe contrôle malgré la randomisation, pourrait-il affecter les résultats?
  • La formation spécialisée offerte au pharmacien prescripteur du groupe intervention aurait-elle permis de diminuer les écarts observés si elle avait aussi été offerte aux médecins prescripteurs du groupe contrôle?
  • Le modèle du pharmacien prescripteur en hôpital est-il réaliste, compte tenu de la capacité de formation et de la multiplicité des contextes de soins?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer le bilan comparatif des médicaments à l’arrivée en chirurgie de votre milieu de pratique, s’il y a lieu, en termes d’application systématique et de satisfaction.
  • Réfléchir à la possibilité d’implanter une pratique de prescription collaborative entre pharmaciens et médecins sur l’unité de chirurgie de votre milieu de pratique.

Auteur : Émile Demers

Relecteurs: Mylène Breton

Création : 25 mai 2015

Publication : 17 juin 2015

Quel est l’impact du pharmacien oeuvrant dans une clinique de polypharmacie au sein d’un hôpital militaire?

Ridderhoff KJ, Hull JR, Sandberg SK. Blanchfield Army Community Hospital Polypharmacy Clinic. J Manag Care Spec Pharm. 2015 Jan;21(1):8-11. 

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective menée au Blanchfield Army Community Hospital de Fort Campbell, Kentucky (USA).
  • Données recueillies dans les dossiers médicaux de 28,000 soldats composant 4 équipes de combat d’infantrie.
  • En 2011, l’hôpital militaire a mis en place une nouvelle clinique conçue pour les soldats avec une polypharmacie considérée à risque d’évènements indésirables. Les critères spécifiques nécessaires pour qu’un soldat soit dirigé vers la clinique étaient : prise de plus de 3 médicaments chroniques, incluant au moins un psychotrope ou un dépresseur du système nerveux central. La clinique était composée d’un pharmacien militaire spécialisé en polypharmacie et d’un assistant technique en pharmacie. Des 28 000 soldats dont le dossier a été analysé, 895 d’entre eux ont rempli les critères de polypharmacie et se sont présentés à la clinique sur une période de 12 mois. Les chercheurs ont compilé toutes les interventions pertinentes du pharmacien militaire.
  • Durant la période d’étude, les soins pharmaceutiques prodigués ont permis la réalisation de 1574 interventions pharmaceutiques
  • Les trois activités les plus fréquentes du pharmacien militaire ont été le changement de médicaments (23,09% des consultations), la recommandation de tests de laboratoire (15,39% des consultations) et la cessation de médicaments (14,68% des consultations).
  • Le pharmacien militaire a changé 132 doses (11,8%).
  • Le pharmacien militaire a évité 93 interactions médicamenteuses (8,32%).
  • Le pharmacien militaire a corrigé 41 effets indésirables (3,67%).
  • Le pharmacien militaire a émis 10 recommandations de suivi rapproché de consommation de substances contrôlées (0,90%).
  • Le pharmacien militaire a généré 55 profils de restrictions de déploiement (4,92%).
  • Le pharmacien militaire a détruit 93 médicaments expirés ramenés par les soldats (8,32%).
  • Le pharmacien militaire a formulé 172 recommandations de tests de laboratoire (15,39%).
  • Le pharmacien militaire a ajouté 121 médicaments (10,8%).
  • Le pharmacien militaire a changé 258 médicaments (23,09%).
  • Le pharmacien militaire a cessé 164 médicaments (14,68%).
  • Le pharmacien militaire a évité 60 duplications thérapeutiques (5,37%)
  • Le pharmacien a mené une entrevue d’urgence auprès d’un soldat suicidaire (0,09%).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme questions

  • Quelles retombées ces interventions pharmaceutiques ont-elles eu sur l’état de santé des soldats?
  • Ces interventions pharmaceutiques avaient-elles lieu à l’hôpital militaire avant la mise en place de la clinique de polypharmacie?
  • Quel est le niveau de satisfaction des soldats et de leurs proches face à ces interventions pharmaceutiques?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la prise en charge des patients sous polypharmacie chronique dans votre milieu de pratique.
  • Dresser une liste d’éléments essentiels à vérifier chez tout patient sous polypharmacie chronique.
  • Recenser les interventions les plus fréquentes auprès des patients sous polypharmacie chronique dans votre milieu de pratique et les partager avec vos collègues.

Auteur : Émile Demers

Relecteurs: Mylène Breton, Jean-François Bussières

Création : 20 mai 2015

Publication : 10 juin 2015

 

Quel est l’impact des interventions pharmaceutiques en matière d’allergies médicamenteuses croisées?

Li W, Zhu LL, Zhou Q. Safe medication use based on knowledge of information about contraindications concerning cross allergy and comprehensive clinical intervention. Ther Clin Risk Manag. 2013;9:65-72.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective réalisée au deuxième hôpital affilié à l’École de médecine de l’Université Zhejiang, à Hangzhou en Chine.
  • Les données relatives aux conseils pharmaceutiques et aux erreurs médicamenteuses ont été extraites du système informatique interne de l’hôpital, entre 2008 et 2012.
  • Les pharmaciens ont rassemblé toute information relative aux allergies croisées en parcourant les monographies des médicaments et les bases de données de l’Association pharmaceutique chinoise. Une équipe multidisciplinaire menée par les pharmaciens a implanté un programme de mesures éducatives et préventives sur les unités de soins et à la pharmacie centrale. Un système de pharmacovigilance a été mis en place pour avertir tout le personnel médical de chaque incident d’allergie croisée. Des protocoles standardisés de gestion des allergies croisées ont été implantés sur les unités de soins. Un champs réservé aux informations d’allergies croisées a été ajouté au logiciel de dossier-patient de la pharmacie centrale. Une échelle de risque validée a été utilisée pour évaluer la possibilité et la gravité des erreurs médicamenteuses. Le nombre et la nature des interventions des pharmaciens concernant les allergies croisées ont été recensés.
  • Suite à l’instauration du programme d’interventions pharmaceutiques, le nombre moyen d’erreurs médicamenteuses relatives aux allergies croisées a diminué de 97% (120 par année en 2008 à 3 par année en 2012).
  • Suite à l’instauration du programme d’interventions pharmaceutiques, le nombre moyen de questions posées aux pharmaciens par les médecins et les infirmières en matière d’allergies croisées a diminué de 67% (60 par mois avant août 2008 à 20 par mois en août 2009).
  • Suite à l’instauration du programme d’interventions pharmaceutiques, le taux de pharmaciens pouvant répondre adéquatement aux questions d’allergies croisées est passé de 60% avant août 2008 à 90% en août 2009.
  • Suite à l’instauration du programme d’interventions pharmaceutiques, la cote de risque attribuée aux possibilités et à la gravité potentielle d’erreurs médicamenteuses relatives aux allergies croisées est passée de 25/25 avant août 2008 à 6/25 en décembre 2012.

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et l’impact du pharmacien en allergie. Les études réalisées à cet effet décrivent son implication notamment au niveau des conseils individuels aux patients et des réponses aux questions, ainsi qu’au sein des centres hospitaliers universitaires et des pharmacies communautaires.
  • On peut consulter le site Impact pharmacie et la fiche synthèse «Allergie».
  • On peut consulter l’affiche « Rôle et retombées du pharmacien en allergie » présentée au congrès annuel de l’APES en avril 2014, Sherbrooke, Canada.

Ce qu’on se pose comme questions

  • Est-il possible que les effets observés puissent s’expliquer par d’autres facteurs que le programme d’interventions pharmaceutiques?
  • Parmi l’ensemble des nouvelles mesures implantées en même temps, certaines seraient-elles plus importantes ou plus efficaces que d’autres?
  • La diminution des erreurs médicamenteuses a-t-elle permis pour autant de diminuer les effets indésirables reliés à ces erreurs?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer l’importance accordée à la prévention et à la gestion des allergies médicamenteuses croisées dans votre milieu de pratique.
  • Vérifier si les alertes, contre-indications et mises en gardes relatives aux allergies médicamenteuses croisées sont régulièrement mises à jour dans votre milieu de pratique.
  • Monter une banque de données d’allergies médicamenteuses croisées concernant les substances utilisées régulièrement dans votre milieu de pratique et la rendre disponible pour vos collègues.

Auteur : Émile Demers

Relecteurs: Mylène Breton

Création : 20 mai 2015

Publication : 3 juin 2015

Le pharmacien peut-il effectuer le dépistage de la maladie d’Alzheimer en pharmacie communautaire?

Rickles NM, Skelton JB, Davis J, Hopson J. Cognitive memory screening and referral program in community pharmacies in the United States. Int J Clin Pharm. 2014 Apr;36(2):360-7.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective menée au sein de 10 pharmacies communautaires de l’Oregon et deux pharmacies communautaires de la Caroline du Nord, États-Unis.
  • Échantillon de 161 patients préalablement identifiés à risque de maladie d’Alzheimer.
  • Les pharmaciens ont d’abord reçu une formation de deux heures sur la maladie d’Alzheimer et sur la façon de mener des examens de dépistage de la mémoire cognitive. Des outils de dépistage et de la documentation ont été fournis à ces fins. Trois outils validés de dépistage ont été utilisés soient le test du « Three-Word Recall », le « Clock Draw Test » et « The Animal Fleuncy Test ». (La combinaison des deux premiers tests est aussi appelée le test Mini-Cog.) Ces tests demandaient moins de sept minutes à effectuer au total. Suite à chaque dépistage effectué, le pharmacien a fait de l’enseignement au patient au sujet de la maladie et sur le maintien d’une bonne santé cérébrale. Les patients ont été référés à un médecin pour un suivi en fonction des scores obtenus aux différents tests. Les scores limites nécessitant une référence étaient prédéfinis. Les services de dépistage ont été offerts aux patients intéressés identifiés préalablement à travers des activités de sensibilisation à la maladie.
  • Concernant la justesse de la référence des patients au médecin traitant par le pharmacien, 118 patients (73,2%) ont reçus une recommandation appropriée du pharmacien; 8 patients (5,0%) ont été référés au médecin sans indication de référence; 19 patients (11,8%) avaient une indication de référence et n’ont pas été référés; (issue non documentée de la consultation avec le pharmacien chez 16 patients (9,9%)).
  • A 60 jours, 10 patients référés avaient eu un suivi avec le médecin. Ce suivi a consisté en une discussion des résultats des tests de dépistage, puis une évaluation plus approfondie de la mémoire cognitive par des tests supplémentaires prescrits.
  • Concernant la satisfaction des patients, 73 patients (98,6%) ont rapporté être très satisfaits ou satisfaits du programme de dépistage; 72 patients (97,2%) ont rapporté être très satisfaits ou satisfaits de l’information reçue concernant la mémoire et les pertes de mémoire; 73 patients (98,6%) ont rapporté être satisfaits des réponses des pharmaciens concernant leurs questions ou leurs inquiétudes; 73 patients (98,6%) ont rapporté être satisfaits de l’assistance du pharmacien dans le programme de dépistage; 73 patients (98,6%) ont indiqué que le programme de dépistage devrait continuer et qu’ils le conseilleraient à un membre de leur famille ou à des amis.
  • Vingt-deux patients (56,4%) ont rapporté être prêts à payer pour un tel service de dépistage.

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et les retombées du pharmacien dans la maladie d’Alzheimer. Quelques études recensent son implication aux niveaux des conseils et des réponses aux questions des patients, de l’évaluation et de la surveillance de la pharmacothérapie et au niveau des réunions multidisciplinaires pour la prise en charge de patients.
  • Neuf études ont été recensées concernant le rôle du pharmacien dans le conseil individuel aux patients soient  PMID19019799PMID19298894PMID14626518PMID18198981, PMID9809109 PMID9617847, PMID16905764, LID90, LID91.
  • De plus, une étude recense l’utilisation du test Mini-Cog comme outil de dépistage soit PMID18198975.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Alzheimer».

Ce qu’on se pose comme question

  • Le faible taux de prise en charge par les médecins des patients référés mesuré à 60 jours peut-il s’expliquer par un manque de coordination des interventions entre les deux professionnels?
  • L’information limitée sur la consultation avec le médecin des patients référés a-t-il permis une appréciation juste du travail du pharmacien dans le dépistage de la maladie?
  • Est-il possible que les résultats du sondage de satisfaction soient biaisés compte tenu du fait que le taux de participation était faible et qu’il était rempli sur une base volontaire par les participants?
  • La durée du suivi était-elle trop courte?
  • L’absence de données concernant les interventions du pharmacien pour 9,9% des patients a-t-elle influencé les résultats?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la possibilité de mise en place de programmes de dépistage de la maladie d’Alzheimer (et autres maladies) en pharmacie communautaire.
  • Réfléchir à la possibilité d’élargir la pratique du pharmacien en lui permettant d’effectuer le dépistage de maladie en pharmacie grâce à des tests et d’orienter le patient vers un spécialiste en fonction des résultats obtenus.
  • Développer des outils et des stratégies de dépistage et les partager.

Auteur : Émilie Mégrourèche

Relecteur: Mylène Breton

Création : 19 mai 2015

Publication : 27 mai 2015

Diagnostic de maladies de la peau : le pharmacien peut-il se mesurer à un médecin généraliste?

Tucker R, Patel M, Layton AL, Walton S. An exploratory study demonstrating the diagnostic ability of healthcare professionals in primary care using online case studies for common skin conditions. Int J Pharm Pract. 2014 Apr;22(2):119-24.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude sous forme de sondage, transversale au sein de la communauté professionnelle de Yorkshire, Royaume-Uni.
  • Échantillon de 60 professionnels de la santé dont 20 pharmaciens communautaires, 20 infirmières et 20 médecins généralistes.
  • Dix études de cas ont été préparées par l’auteur avec l’aide d’une dermatologue et d’une pharmacienne. Ces cas ont ensuite été revus indépendamment par un dermatologue, un médecin généraliste dont la pratique est tournée vers la dermatologie, une infirmière spécialisée en dermatologie et un pharmacien. Toutes les études de cas avaient le même format et incluaient une image de l’affection de la peau et une histoire de cas. Ces cas ont ensuite été mis en ligne via un site internet. Des pharmaciens, des infirmières et des médecins ont reçu une invitation par courriel pour participer et compléter le test. Les participants ont dû identifier l’affection de la peau à partir d’une liste de cinq options. Cette liste incluait la bonne réponse, trois diagnostics différentiels et une réponse «je ne sais pas». Les scores diagnostics obtenus ont été compilés et comparés entre les professionnels.
  • Différence significative entre le score obtenu par les médecins généralistes comparé au score obtenu par les pharmaciens et les infirmières (p<0,05) (scores: 6,2 [95% IC: 5,35-6,9] pour les pharmaciens ; 7,0 [95%: 6,1-7,9] pour les infirmières; 8,8 [95%: 7,9-9,6] pour les médecins généralistes). Un point est accordé par affection identifiée correctement pour un score maximal de 10.
  • Teignes, verrues plantaires et gale représentent les affections de la peau pour lesquelles la précision du diagnostic des pharmaciens est similaire à celle des médecins généralistes
  • Au total, au moins 40% des pharmaciens ont identifié correctement l’ensemble des affections de la peau à l’exception du papillome basocellulaire (l’ensemble des trois groupes ayant éprouvé des difficultés à l’identifier).
  • Le score diagnostic était significativement plus élevé chez les hommes (p<0,002), chez les professionnels ayant une formation supplémentaire en dermatologie (p<0,029) et chez ceux qui avait déjà rencontré l’affection en question auparavant (p<0,025).

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et les retombées du pharmacien en dermatologie. Quelques études recensent son implication aux niveaux des conseils aux patients, du renforcement des informations sur le traitement données par d’autres professionnels et dans les recommandations d’utilisation de médicaments.
  • Notons toutefois qu’au niveau légal, le pharmacien n’est pas habilité à poser de diagnostic. Il est cependant appelé à reconnaître différentes affections à des fins de triage. Il est donc intéressant d’évaluer cette capacité comme l’a fait cette étude.
  • On a recensé une étude traitant du diagnostic de maladies de peau communes soit LID103
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Dermatologie»

Ce qu’on se pose comme question

  • La méthode d’échantillonnage utilisée dans l’étude a-t-elle pu influencer les résultats?
  • Le petit nombre de professionnels recrutés a-t-il permis l’obtention de résultats généralisables?
  • Les résultats ont-ils été influencés par les différences entre les caractéristiques (sexe, formation plus poussée en dermatologie, expositions antérieures à la maladie) des trois groupes de professionnels?
  • Les professionnels ont-ils consulté des ressources parallèlement à la complétion du sondage?
  • Le temps pris pour la complétion du sondage n’étant pas mesuré, les professionnels ont-ils tous pris le même temps pour y répondre?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la pertinence et à la possibilité de développer l’habileté du pharmacien à identifier certaines pathologies spécifiques pour faciliter la référence.
  • Réfléchir aux retombées possibles d’un tel élargissement de pratique sur le système de santé.
  • Élaborer des outils d’aide au triage pour les affections communes de la peau et les partager.

Auteur : Émilie Mégrourèche
Relecteurs: Jean-François Bussières et Mylène Breton
Création : 13 mai 2015
Publication : 20 mai 2015

Quelles retombées un pharmacien peut-il avoir dans la prise en charge de la nutrition parentérale de patients en greffe de moelle osseuse?

Mousavi M, Hayatshahi A, Sarayani A, Hadjibabaie M, Javadi M, Torkamandi H, Gholami K, Ghavamzadeh A. Impact of clinical pharmacist-based parenteral nutrition service for bone marrow transplantation patients: a randomized clinical trial. Support Care Cancer. 2013 Dec;21(12):3441-8.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée, prospective au sein de l’unité de transplantation de moelle osseuse de l’hôpital de Téhéran, Iran.
  • Échantillon de 59 patients en greffe de moelle osseuse dont 30 dans le groupe contrôle et 29 dans le groupe intervention.
  • Le pharmacien a d’abord considéré les patients nécessitant l’administration de nutrition parentérale sur la base de critères prédéfinis (p.ex. présence de vomissements, de diarrhées, pourcentage d’apport oral possible, taux d’albumine sérique, etc). Il a ensuite individualisé et ajusté la thérapie en fonction de l’apport oral, du poids ajusté et des résultats de laboratoire des patients. Le pharmacien a été responsable de toutes les étapes du processus : initiation, surveillance et arrêt de la thérapie. Cette intervention a été comparée à un protocole conventionnel de nutrition parentérale administrée par des infirmières.
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une amélioration significative du statut nutritionnel (c.-à-d. poids, IMC, taux d’albumine et pré-albumine, taux de protéines totales, bilan azoté; p<0,05) des patients en période post-opératoire.
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une diminution de la durée d’administration de la nutrition parentérale: 10,7±4,2 jours versus 18,4±5,5 jours dans le groupe contrôle (p<0.01).
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une diminution de la durée d’hospitalisation : 24,7±6,2 jours versus 29,5±8 jours dans le groupe contrôle (p<0,01).
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une augmentation de fréquence des hyperglycémies (p=0,01).
  • Différence non significative concernant les fréquences des hypertriglycéridémies entre les groupes (p=0,7) et l’augmentation dans les tests de fonction hépatique (p=0,7).
  • Les patients du groupe contrôle ont dû recevoir plus d’antibiotiques durant l’hospitalisation (p=0,02).
  • La fièvre et la thérapie antibiotique ont été de plus longues durées dans le groupe contrôle (p=0,01 et p=0,03 respectivement).
  • Les désordres électrolytiques ont été plus fréquents dans le groupe contrôle (p<0,01).
  • Le nombre de jours nécessaires à la prise de la greffe n’a pas différé entre les deux groupes (p=0,63).

Ce que nous savions déjà

  • Le pharmacien a un rôle important en alimentation parentérale : il évalue la pharmacothérapie et l’utilisation des médicaments, effectue le suivi de la thérapie, prodigue des conseils aux patients,  participe à la prévention et la gestion des risques. Il n’existe cependant encore peu d’études traitant du rôle et des retombées du pharmacien en alimentation parentérale.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Alimentation parentérale».
  • On peut consulter l’affiche Alimentation parentérale présentée au congrès de l’European Society of Clinical Pharmacy, Prague 2013.

Ce que qu’on se pose comme question

  • Les retombées du pharmacien peuvent-elles être surestimées compte tenu du fait que le protocole conventionnel auquel était comparée l’intervention ne fournissait pas d’emblée un apport nutritionnel optimal?
  • Les différences de sexe des patients et de type de transplantation entre les deux groupes peuvent-elles avoir une influence sur les résultats?
  • La durée du suivi était-elle trop courte?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à l’élaboration de protocoles structurés pour la nutrition parentérale individualisée.
  • Partager des stratégies de prise en charge de la nutrition parentérale des patients.

Auteur Emilie Mégrourèche

Relecteur Mylène Breton, Jean-François Bussière

Création 11 mai 2015

Publication 13 mai 2015

Quels sont les effets des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires ? (2)

Santschi V, Chiolero A, Paradis G, Colosimo AL, Burnand B. Pharmacist interventions to improve cardiovascular disease risk factors in diabetes: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Diabetes Care. 2012 Dec;35(12):2706-17. Review. PubMed PMID: 23173140; PubMed Central PMCID: PMC3507563

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse dont l’objectif est d’évaluer les retombées des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risques cardiovasculaire, chez les patients atteints de diabète.
  • Elle complète la revue systématique et méta-analyse (Santschi V, Chiolero A, Burnand B, Colosimo AL, Paradis G. Impact of pharmacist care in the management of cardiovascular disease risk factors: a systematic review and meta-analysis of randomized trials. Arch Intern Med. 2011 Sep 12;171(16):1441-53. doi: 10.1001/archinternmed.2011.399. Review. PubMed PMID: 21911628) ayant fait l’objet du blogue de la semaine passée.
  • Elle a été réalisée à partir des bases de données électroniques suivantes MEDLINE via PubMed, EMBASE, CINAHL, the Cochrane Central Register of Controlled Trials. La stratégie de recherche a été créée pour une recherche sur PubMed puis adaptée pour les autres bases de données: (“Cardiovascular Diseases,” “Dyslipidemias,” “Diabetes Mellitus,” “Smoking,” “Overweight”) and pharmacist related terms (“Pharmacists,” “Pharmaceutical Services,” “Pharmacy Service, Hospital,” “Pharmacies,” “Pharmacy”). Cette recherche a été complétée par une analyse de la bibliographie des articles identifiés.
    Deux auteurs ont analysé les titres et résumés de manière indépendante puis l’éligibilité des articles. Les désaccords ont été résolus par discussion. La qualité des articles a été évaluée grâce à l’outil the Cochrane Risk of bias Tool.
  • 15 articles (études randomisées contrôlées) ont été inclus sur les 14 035 articles identifiés.
  • Les études ont été menées dans des cliniques ambulatoires (11) ou dans des pharmacies communautaires (4), par un pharmacien seul (8) ou en collaboration avec d’autres professionnels de santé (7).
  • 7 études sur 12 rapportent une réduction significative de la pression artérielle (PA) systolique. Différence obtenue sur les résultats poolés des 12 études = – 6,2 mmHg [95% CI; -7,8 à-4,6], p<0.001.
  • 3 études sur 9 rapportent une réduction significative de la PA diastolique.  Différence obtenue sur les résultats poolés des 9 études = – 4,5 mmHg [95% CI; -6,2 à -2,8], p<0.001.
  • 2 études sur 8 ramènent une amélioration significative du taux de cholestérol total. Différence obtenue sur les résultats poolés des 8 études = -15.2 mg/dL [95% CI; -4.7 ; -5.7], p=0.002.
  • 5 études sur 9 études ramènent une amélioration significative du taux de LDL-c. Différence obtenue sur les résultats poolés des 9 études = -11.7 mg/dL [95% CI; -15.8 ; -7.6], p<0,001.
  • Aucune étude sur 6 ne ramène d’amélioration significative du taux de HDL-c. Différence obtenue à partir des résultats poolés des 6 études: 0.2 mg/dL [95% CI; -1.9 ; 2.36], p=0.846.
  • 2 études sur 5 études ramène une amélioration significative de l’IMC : -0.9 kg/m2 [-1.7 ; -0.1], p = 0.026.
  • La diminution de la pression artérielle est significative dans le cas de soins menés par le pharmacien seul ou en équipe. Mais il existe une tendance à une réduction supérieure pour les soins menés par le pharmacien : -8.1 mmHg [-12.3 ; -3.7] vs. collaboration en équipe : -5.7 mmHg [-7.7 ; -3.7].
  • Analyse de sensibilité: la diminution de la pression artérielle reste significative après retrait des résultats des études de petite taille échantillonnale (6 études, -5.7 mmHg [-7.8 ; -3.6], p?), ou de mauvaise qualité (7 études, -5.6 mmHg [-8,2 ; -2,9] p?).
  • La glycémie ou le taux d’hémoglobine glyquée ne font pas partie des paramètres mesurés dans cet article car ne sont pas considérés comme des facteurs de risque classiques.

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Dans le calcul du risque cardiovasculaire avec le score de Framingham, le diabète est pris en considération. Le suivi  de cette maladie est réalisé par la mesure de la glycémie et de l’hémoglobine glyquée. Fallait-il vraiment exclure ces taux des résultats de l’étude?
  • Comment se sont déroulées les interventions plus précisément ?
  • Les interventions ont-elles eu un effet à long terme?

Ce que vous pouvez notamment faire 

  • Comparer les retombées des interventions réalisées par le pharmacien seul ou en équipe pluridisciplinaire.
  • Essayer d’identifier si certaines interventions se démarquent quant à leur impact dans la gestion des facteurs de risque cardiovasculaires.
  • Evaluer les retombées des interventions à long terme.

Auteur Mylène Breton

Relecteur

Création 4 mai 2015

Publication 6 mai 2015

Quels sont les effets des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires? (1)

Santschi V, Chiolero A, Burnand B, Colosimo AL, Paradis G. Impact of pharmacist care in the management of cardiovascular disease risk factors: a systematic review and meta-analysis of randomized trials. Arch Intern Med. 2011 Sep 12;171(16):1441-53. doi: 10.1001/archinternmed.2011.399. Review. PubMed PMID: 21911628

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse visant à déterminer l’impact des soins pharmaceutiques dans la gestion des facteurs de risques cardiovasculaires (à l’exception du diabète).
  • Revue ayant inclu des études se déroulant à l’hôpital, en clinique ou en pharmacie communautaire, et dans différents pays.
  • La revue systématique a été réalisée en collaboration avec un bibliothécaire médical à partir des bases de données MEDLINE via PubMed, EMBASE, CINAHL, et the Cochrane Central Register of Controlled Trials for randomized controlled trials (RCTs). La stratégie de recherche a été construite pour une recherche sur PubMed puis a ensuite été adaptée pour les autres bases de données. Elle a inclu des termes MeSH et mots liés aux maladies cardiovasculaires (Cardiovascular Diseases, Dyslipidemias, Diabetes Mellitus, Smoking, and Overweight) et au pharmacien (Pharmacists, Pharmaceutical Services, Pharmacy Service, Hospital, Pharmacies, and Pharmacy). Cette recherche électronique a été complétée par une recherche manuelle dans la bibliographie des articles identifiés.
    Deux auteurs ont analysé les titres, résumés et articles en entier indépendamment l’un de l’autre pour évaluer l’éligibilité. Ils ont extrait les données et analysé le risque de biais des études grâce à l’outil Cochrane Risk of bias. Tout désaccord a été résolu par discussion et consensus. Les analyses statistiques ont été conduites selon les recommandations de Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions et de la méthode PRISMA.
  • 30 articles (études randomisées contrôlées) inclus sur 11 255 articles identifiés par la recherche.
  • 19 études ont évalué la mesure de la pression artérielle (PA) et ont rapporté, pour la majorité d’entre elles, une diminution significative. En poolant les données, la différence pour la PA systolique a été de –8.05 mmHg [95% CI, –10.20 à –5.91], p< 0.001 et pour la PA diastolique: –3.78 mmHg [95% IC, –5.30 à –2.25], p< 0.001.
  • 6 études, sur les 9 études mesurant le taux de cholestérol total, rapportent une réduction significative de ce taux. En combinant les données, la différence est de: −17.4 mg/L [95% CI, −25.5 à −9.2], p< 0.001.
  • 4 études, sur les 7 études mesurant le taux de LDLc, rapportent une réduction significative de ce taux. En combinant les données, la différence est de: −13.4 mg/L [95% CI, −23.0 à −3.8], p=0.006.
  • 2 études mesurent le tabagisme et rapportent une réduction significative avec un risque relatif de 0.77 [95% CI, 0.67 à 0.89], p=0.001.
  • Les types d’interventions recensées dans les études ont été : éducation (26 études), suivi des patients (9 études), évaluation et gestion du traitement (22 études), transmissions et recommandations aux professionnels de santé (24 études), suivi des facteurs de risque cardiovasculaires (12 études)
  • Une analyse de sensibilité a révélée des résultats similaires en ce qui concerne la PA. En excluant les études de petite taille échantillonnale (7 études), la méta-analyse a rapporté une réduction significative de la PA systolique de – 7.3 mmHg [95%CI, −9.6 à −5.0], et de la PA diastolique: −2.5 mmHg [95% CI, −3.8 à−1.2]). Et en n’incluant que les données des études de bonne qualité (8 études), la méta-analyse a rapporté une réduction de la PA systolique de −7.8 mmHg [95% CI, −9.6 à −6.0], et de la PA diastolique de −3.8 mmHg [95% CI, −5.3 à −2.3].

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Certaines interventions pharmaceutiques sont-elles plus efficaces que d’autres pour la gestion des risques cardiovasculaires? et quelles sont-elles alors?
  • L’inclusion des résultats des études non publiées aurait-elle engendré des résultats et conclusions différents ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la possibilité d’évaluer l’impact de chacune des interventions indépendamment l’une de l’autre afin de voir si l’une d’elles est plus efficace.
  • Réfléchir au moyen d’améliorer les interventions afin de les rendre les plus efficientes possibles.
  • Comparer vos indicateurs à ceux rencontrés dans la littératures pour ajuster vos interventions si besoin et améliorer vos pratiques.

Auteur Mylène Breton

Création 30 mars 2015

Publication 29 avril 2015