Le pharmacien peut-il effectuer le dépistage de la maladie d’Alzheimer en pharmacie communautaire?

Rickles NM, Skelton JB, Davis J, Hopson J. Cognitive memory screening and referral program in community pharmacies in the United States. Int J Clin Pharm. 2014 Apr;36(2):360-7.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude observationnelle prospective menée au sein de 10 pharmacies communautaires de l’Oregon et deux pharmacies communautaires de la Caroline du Nord, États-Unis.
  • Échantillon de 161 patients préalablement identifiés à risque de maladie d’Alzheimer.
  • Les pharmaciens ont d’abord reçu une formation de deux heures sur la maladie d’Alzheimer et sur la façon de mener des examens de dépistage de la mémoire cognitive. Des outils de dépistage et de la documentation ont été fournis à ces fins. Trois outils validés de dépistage ont été utilisés soient le test du « Three-Word Recall », le « Clock Draw Test » et « The Animal Fleuncy Test ». (La combinaison des deux premiers tests est aussi appelée le test Mini-Cog.) Ces tests demandaient moins de sept minutes à effectuer au total. Suite à chaque dépistage effectué, le pharmacien a fait de l’enseignement au patient au sujet de la maladie et sur le maintien d’une bonne santé cérébrale. Les patients ont été référés à un médecin pour un suivi en fonction des scores obtenus aux différents tests. Les scores limites nécessitant une référence étaient prédéfinis. Les services de dépistage ont été offerts aux patients intéressés identifiés préalablement à travers des activités de sensibilisation à la maladie.
  • Concernant la justesse de la référence des patients au médecin traitant par le pharmacien, 118 patients (73,2%) ont reçus une recommandation appropriée du pharmacien; 8 patients (5,0%) ont été référés au médecin sans indication de référence; 19 patients (11,8%) avaient une indication de référence et n’ont pas été référés; (issue non documentée de la consultation avec le pharmacien chez 16 patients (9,9%)).
  • A 60 jours, 10 patients référés avaient eu un suivi avec le médecin. Ce suivi a consisté en une discussion des résultats des tests de dépistage, puis une évaluation plus approfondie de la mémoire cognitive par des tests supplémentaires prescrits.
  • Concernant la satisfaction des patients, 73 patients (98,6%) ont rapporté être très satisfaits ou satisfaits du programme de dépistage; 72 patients (97,2%) ont rapporté être très satisfaits ou satisfaits de l’information reçue concernant la mémoire et les pertes de mémoire; 73 patients (98,6%) ont rapporté être satisfaits des réponses des pharmaciens concernant leurs questions ou leurs inquiétudes; 73 patients (98,6%) ont rapporté être satisfaits de l’assistance du pharmacien dans le programme de dépistage; 73 patients (98,6%) ont indiqué que le programme de dépistage devrait continuer et qu’ils le conseilleraient à un membre de leur famille ou à des amis.
  • Vingt-deux patients (56,4%) ont rapporté être prêts à payer pour un tel service de dépistage.

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et les retombées du pharmacien dans la maladie d’Alzheimer. Quelques études recensent son implication aux niveaux des conseils et des réponses aux questions des patients, de l’évaluation et de la surveillance de la pharmacothérapie et au niveau des réunions multidisciplinaires pour la prise en charge de patients.
  • Neuf études ont été recensées concernant le rôle du pharmacien dans le conseil individuel aux patients soient  PMID19019799PMID19298894PMID14626518PMID18198981, PMID9809109 PMID9617847, PMID16905764, LID90, LID91.
  • De plus, une étude recense l’utilisation du test Mini-Cog comme outil de dépistage soit PMID18198975.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Alzheimer».

Ce qu’on se pose comme question

  • Le faible taux de prise en charge par les médecins des patients référés mesuré à 60 jours peut-il s’expliquer par un manque de coordination des interventions entre les deux professionnels?
  • L’information limitée sur la consultation avec le médecin des patients référés a-t-il permis une appréciation juste du travail du pharmacien dans le dépistage de la maladie?
  • Est-il possible que les résultats du sondage de satisfaction soient biaisés compte tenu du fait que le taux de participation était faible et qu’il était rempli sur une base volontaire par les participants?
  • La durée du suivi était-elle trop courte?
  • L’absence de données concernant les interventions du pharmacien pour 9,9% des patients a-t-elle influencé les résultats?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la possibilité de mise en place de programmes de dépistage de la maladie d’Alzheimer (et autres maladies) en pharmacie communautaire.
  • Réfléchir à la possibilité d’élargir la pratique du pharmacien en lui permettant d’effectuer le dépistage de maladie en pharmacie grâce à des tests et d’orienter le patient vers un spécialiste en fonction des résultats obtenus.
  • Développer des outils et des stratégies de dépistage et les partager.

Auteur : Émilie Mégrourèche

Relecteur: Mylène Breton

Création : 19 mai 2015

Publication : 27 mai 2015

Diagnostic de maladies de la peau : le pharmacien peut-il se mesurer à un médecin généraliste?

Tucker R, Patel M, Layton AL, Walton S. An exploratory study demonstrating the diagnostic ability of healthcare professionals in primary care using online case studies for common skin conditions. Int J Pharm Pract. 2014 Apr;22(2):119-24.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude sous forme de sondage, transversale au sein de la communauté professionnelle de Yorkshire, Royaume-Uni.
  • Échantillon de 60 professionnels de la santé dont 20 pharmaciens communautaires, 20 infirmières et 20 médecins généralistes.
  • Dix études de cas ont été préparées par l’auteur avec l’aide d’une dermatologue et d’une pharmacienne. Ces cas ont ensuite été revus indépendamment par un dermatologue, un médecin généraliste dont la pratique est tournée vers la dermatologie, une infirmière spécialisée en dermatologie et un pharmacien. Toutes les études de cas avaient le même format et incluaient une image de l’affection de la peau et une histoire de cas. Ces cas ont ensuite été mis en ligne via un site internet. Des pharmaciens, des infirmières et des médecins ont reçu une invitation par courriel pour participer et compléter le test. Les participants ont dû identifier l’affection de la peau à partir d’une liste de cinq options. Cette liste incluait la bonne réponse, trois diagnostics différentiels et une réponse «je ne sais pas». Les scores diagnostics obtenus ont été compilés et comparés entre les professionnels.
  • Différence significative entre le score obtenu par les médecins généralistes comparé au score obtenu par les pharmaciens et les infirmières (p<0,05) (scores: 6,2 [95% IC: 5,35-6,9] pour les pharmaciens ; 7,0 [95%: 6,1-7,9] pour les infirmières; 8,8 [95%: 7,9-9,6] pour les médecins généralistes). Un point est accordé par affection identifiée correctement pour un score maximal de 10.
  • Teignes, verrues plantaires et gale représentent les affections de la peau pour lesquelles la précision du diagnostic des pharmaciens est similaire à celle des médecins généralistes
  • Au total, au moins 40% des pharmaciens ont identifié correctement l’ensemble des affections de la peau à l’exception du papillome basocellulaire (l’ensemble des trois groupes ayant éprouvé des difficultés à l’identifier).
  • Le score diagnostic était significativement plus élevé chez les hommes (p<0,002), chez les professionnels ayant une formation supplémentaire en dermatologie (p<0,029) et chez ceux qui avait déjà rencontré l’affection en question auparavant (p<0,025).

Ce que nous savions déjà

  • Il existe peu de documentation sur le rôle et les retombées du pharmacien en dermatologie. Quelques études recensent son implication aux niveaux des conseils aux patients, du renforcement des informations sur le traitement données par d’autres professionnels et dans les recommandations d’utilisation de médicaments.
  • Notons toutefois qu’au niveau légal, le pharmacien n’est pas habilité à poser de diagnostic. Il est cependant appelé à reconnaître différentes affections à des fins de triage. Il est donc intéressant d’évaluer cette capacité comme l’a fait cette étude.
  • On a recensé une étude traitant du diagnostic de maladies de peau communes soit LID103
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Dermatologie»

Ce qu’on se pose comme question

  • La méthode d’échantillonnage utilisée dans l’étude a-t-elle pu influencer les résultats?
  • Le petit nombre de professionnels recrutés a-t-il permis l’obtention de résultats généralisables?
  • Les résultats ont-ils été influencés par les différences entre les caractéristiques (sexe, formation plus poussée en dermatologie, expositions antérieures à la maladie) des trois groupes de professionnels?
  • Les professionnels ont-ils consulté des ressources parallèlement à la complétion du sondage?
  • Le temps pris pour la complétion du sondage n’étant pas mesuré, les professionnels ont-ils tous pris le même temps pour y répondre?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la pertinence et à la possibilité de développer l’habileté du pharmacien à identifier certaines pathologies spécifiques pour faciliter la référence.
  • Réfléchir aux retombées possibles d’un tel élargissement de pratique sur le système de santé.
  • Élaborer des outils d’aide au triage pour les affections communes de la peau et les partager.

Auteur : Émilie Mégrourèche
Relecteurs: Jean-François Bussières et Mylène Breton
Création : 13 mai 2015
Publication : 20 mai 2015

Quelles retombées un pharmacien peut-il avoir dans la prise en charge de la nutrition parentérale de patients en greffe de moelle osseuse?

Mousavi M, Hayatshahi A, Sarayani A, Hadjibabaie M, Javadi M, Torkamandi H, Gholami K, Ghavamzadeh A. Impact of clinical pharmacist-based parenteral nutrition service for bone marrow transplantation patients: a randomized clinical trial. Support Care Cancer. 2013 Dec;21(12):3441-8.

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude randomisée contrôlée, prospective au sein de l’unité de transplantation de moelle osseuse de l’hôpital de Téhéran, Iran.
  • Échantillon de 59 patients en greffe de moelle osseuse dont 30 dans le groupe contrôle et 29 dans le groupe intervention.
  • Le pharmacien a d’abord considéré les patients nécessitant l’administration de nutrition parentérale sur la base de critères prédéfinis (p.ex. présence de vomissements, de diarrhées, pourcentage d’apport oral possible, taux d’albumine sérique, etc). Il a ensuite individualisé et ajusté la thérapie en fonction de l’apport oral, du poids ajusté et des résultats de laboratoire des patients. Le pharmacien a été responsable de toutes les étapes du processus : initiation, surveillance et arrêt de la thérapie. Cette intervention a été comparée à un protocole conventionnel de nutrition parentérale administrée par des infirmières.
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une amélioration significative du statut nutritionnel (c.-à-d. poids, IMC, taux d’albumine et pré-albumine, taux de protéines totales, bilan azoté; p<0,05) des patients en période post-opératoire.
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une diminution de la durée d’administration de la nutrition parentérale: 10,7±4,2 jours versus 18,4±5,5 jours dans le groupe contrôle (p<0.01).
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une diminution de la durée d’hospitalisation : 24,7±6,2 jours versus 29,5±8 jours dans le groupe contrôle (p<0,01).
  • L’intervention pharmaceutique a été associée à une augmentation de fréquence des hyperglycémies (p=0,01).
  • Différence non significative concernant les fréquences des hypertriglycéridémies entre les groupes (p=0,7) et l’augmentation dans les tests de fonction hépatique (p=0,7).
  • Les patients du groupe contrôle ont dû recevoir plus d’antibiotiques durant l’hospitalisation (p=0,02).
  • La fièvre et la thérapie antibiotique ont été de plus longues durées dans le groupe contrôle (p=0,01 et p=0,03 respectivement).
  • Les désordres électrolytiques ont été plus fréquents dans le groupe contrôle (p<0,01).
  • Le nombre de jours nécessaires à la prise de la greffe n’a pas différé entre les deux groupes (p=0,63).

Ce que nous savions déjà

  • Le pharmacien a un rôle important en alimentation parentérale : il évalue la pharmacothérapie et l’utilisation des médicaments, effectue le suivi de la thérapie, prodigue des conseils aux patients,  participe à la prévention et la gestion des risques. Il n’existe cependant encore peu d’études traitant du rôle et des retombées du pharmacien en alimentation parentérale.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse «Alimentation parentérale».
  • On peut consulter l’affiche Alimentation parentérale présentée au congrès de l’European Society of Clinical Pharmacy, Prague 2013.

Ce que qu’on se pose comme question

  • Les retombées du pharmacien peuvent-elles être surestimées compte tenu du fait que le protocole conventionnel auquel était comparée l’intervention ne fournissait pas d’emblée un apport nutritionnel optimal?
  • Les différences de sexe des patients et de type de transplantation entre les deux groupes peuvent-elles avoir une influence sur les résultats?
  • La durée du suivi était-elle trop courte?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à l’élaboration de protocoles structurés pour la nutrition parentérale individualisée.
  • Partager des stratégies de prise en charge de la nutrition parentérale des patients.

Auteur Emilie Mégrourèche

Relecteur Mylène Breton, Jean-François Bussière

Création 11 mai 2015

Publication 13 mai 2015

Quels sont les effets des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires ? (2)

Santschi V, Chiolero A, Paradis G, Colosimo AL, Burnand B. Pharmacist interventions to improve cardiovascular disease risk factors in diabetes: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Diabetes Care. 2012 Dec;35(12):2706-17. Review. PubMed PMID: 23173140; PubMed Central PMCID: PMC3507563

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse dont l’objectif est d’évaluer les retombées des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risques cardiovasculaire, chez les patients atteints de diabète.
  • Elle complète la revue systématique et méta-analyse (Santschi V, Chiolero A, Burnand B, Colosimo AL, Paradis G. Impact of pharmacist care in the management of cardiovascular disease risk factors: a systematic review and meta-analysis of randomized trials. Arch Intern Med. 2011 Sep 12;171(16):1441-53. doi: 10.1001/archinternmed.2011.399. Review. PubMed PMID: 21911628) ayant fait l’objet du blogue de la semaine passée.
  • Elle a été réalisée à partir des bases de données électroniques suivantes MEDLINE via PubMed, EMBASE, CINAHL, the Cochrane Central Register of Controlled Trials. La stratégie de recherche a été créée pour une recherche sur PubMed puis adaptée pour les autres bases de données: (“Cardiovascular Diseases,” “Dyslipidemias,” “Diabetes Mellitus,” “Smoking,” “Overweight”) and pharmacist related terms (“Pharmacists,” “Pharmaceutical Services,” “Pharmacy Service, Hospital,” “Pharmacies,” “Pharmacy”). Cette recherche a été complétée par une analyse de la bibliographie des articles identifiés.
    Deux auteurs ont analysé les titres et résumés de manière indépendante puis l’éligibilité des articles. Les désaccords ont été résolus par discussion. La qualité des articles a été évaluée grâce à l’outil the Cochrane Risk of bias Tool.
  • 15 articles (études randomisées contrôlées) ont été inclus sur les 14 035 articles identifiés.
  • Les études ont été menées dans des cliniques ambulatoires (11) ou dans des pharmacies communautaires (4), par un pharmacien seul (8) ou en collaboration avec d’autres professionnels de santé (7).
  • 7 études sur 12 rapportent une réduction significative de la pression artérielle (PA) systolique. Différence obtenue sur les résultats poolés des 12 études = – 6,2 mmHg [95% CI; -7,8 à-4,6], p<0.001.
  • 3 études sur 9 rapportent une réduction significative de la PA diastolique.  Différence obtenue sur les résultats poolés des 9 études = – 4,5 mmHg [95% CI; -6,2 à -2,8], p<0.001.
  • 2 études sur 8 ramènent une amélioration significative du taux de cholestérol total. Différence obtenue sur les résultats poolés des 8 études = -15.2 mg/dL [95% CI; -4.7 ; -5.7], p=0.002.
  • 5 études sur 9 études ramènent une amélioration significative du taux de LDL-c. Différence obtenue sur les résultats poolés des 9 études = -11.7 mg/dL [95% CI; -15.8 ; -7.6], p<0,001.
  • Aucune étude sur 6 ne ramène d’amélioration significative du taux de HDL-c. Différence obtenue à partir des résultats poolés des 6 études: 0.2 mg/dL [95% CI; -1.9 ; 2.36], p=0.846.
  • 2 études sur 5 études ramène une amélioration significative de l’IMC : -0.9 kg/m2 [-1.7 ; -0.1], p = 0.026.
  • La diminution de la pression artérielle est significative dans le cas de soins menés par le pharmacien seul ou en équipe. Mais il existe une tendance à une réduction supérieure pour les soins menés par le pharmacien : -8.1 mmHg [-12.3 ; -3.7] vs. collaboration en équipe : -5.7 mmHg [-7.7 ; -3.7].
  • Analyse de sensibilité: la diminution de la pression artérielle reste significative après retrait des résultats des études de petite taille échantillonnale (6 études, -5.7 mmHg [-7.8 ; -3.6], p?), ou de mauvaise qualité (7 études, -5.6 mmHg [-8,2 ; -2,9] p?).
  • La glycémie ou le taux d’hémoglobine glyquée ne font pas partie des paramètres mesurés dans cet article car ne sont pas considérés comme des facteurs de risque classiques.

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Dans le calcul du risque cardiovasculaire avec le score de Framingham, le diabète est pris en considération. Le suivi  de cette maladie est réalisé par la mesure de la glycémie et de l’hémoglobine glyquée. Fallait-il vraiment exclure ces taux des résultats de l’étude?
  • Comment se sont déroulées les interventions plus précisément ?
  • Les interventions ont-elles eu un effet à long terme?

Ce que vous pouvez notamment faire 

  • Comparer les retombées des interventions réalisées par le pharmacien seul ou en équipe pluridisciplinaire.
  • Essayer d’identifier si certaines interventions se démarquent quant à leur impact dans la gestion des facteurs de risque cardiovasculaires.
  • Evaluer les retombées des interventions à long terme.

Auteur Mylène Breton

Relecteur

Création 4 mai 2015

Publication 6 mai 2015

Quels sont les effets des interventions pharmaceutiques sur les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires? (1)

Santschi V, Chiolero A, Burnand B, Colosimo AL, Paradis G. Impact of pharmacist care in the management of cardiovascular disease risk factors: a systematic review and meta-analysis of randomized trials. Arch Intern Med. 2011 Sep 12;171(16):1441-53. doi: 10.1001/archinternmed.2011.399. Review. PubMed PMID: 21911628

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse visant à déterminer l’impact des soins pharmaceutiques dans la gestion des facteurs de risques cardiovasculaires (à l’exception du diabète).
  • Revue ayant inclu des études se déroulant à l’hôpital, en clinique ou en pharmacie communautaire, et dans différents pays.
  • La revue systématique a été réalisée en collaboration avec un bibliothécaire médical à partir des bases de données MEDLINE via PubMed, EMBASE, CINAHL, et the Cochrane Central Register of Controlled Trials for randomized controlled trials (RCTs). La stratégie de recherche a été construite pour une recherche sur PubMed puis a ensuite été adaptée pour les autres bases de données. Elle a inclu des termes MeSH et mots liés aux maladies cardiovasculaires (Cardiovascular Diseases, Dyslipidemias, Diabetes Mellitus, Smoking, and Overweight) et au pharmacien (Pharmacists, Pharmaceutical Services, Pharmacy Service, Hospital, Pharmacies, and Pharmacy). Cette recherche électronique a été complétée par une recherche manuelle dans la bibliographie des articles identifiés.
    Deux auteurs ont analysé les titres, résumés et articles en entier indépendamment l’un de l’autre pour évaluer l’éligibilité. Ils ont extrait les données et analysé le risque de biais des études grâce à l’outil Cochrane Risk of bias. Tout désaccord a été résolu par discussion et consensus. Les analyses statistiques ont été conduites selon les recommandations de Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions et de la méthode PRISMA.
  • 30 articles (études randomisées contrôlées) inclus sur 11 255 articles identifiés par la recherche.
  • 19 études ont évalué la mesure de la pression artérielle (PA) et ont rapporté, pour la majorité d’entre elles, une diminution significative. En poolant les données, la différence pour la PA systolique a été de –8.05 mmHg [95% CI, –10.20 à –5.91], p< 0.001 et pour la PA diastolique: –3.78 mmHg [95% IC, –5.30 à –2.25], p< 0.001.
  • 6 études, sur les 9 études mesurant le taux de cholestérol total, rapportent une réduction significative de ce taux. En combinant les données, la différence est de: −17.4 mg/L [95% CI, −25.5 à −9.2], p< 0.001.
  • 4 études, sur les 7 études mesurant le taux de LDLc, rapportent une réduction significative de ce taux. En combinant les données, la différence est de: −13.4 mg/L [95% CI, −23.0 à −3.8], p=0.006.
  • 2 études mesurent le tabagisme et rapportent une réduction significative avec un risque relatif de 0.77 [95% CI, 0.67 à 0.89], p=0.001.
  • Les types d’interventions recensées dans les études ont été : éducation (26 études), suivi des patients (9 études), évaluation et gestion du traitement (22 études), transmissions et recommandations aux professionnels de santé (24 études), suivi des facteurs de risque cardiovasculaires (12 études)
  • Une analyse de sensibilité a révélée des résultats similaires en ce qui concerne la PA. En excluant les études de petite taille échantillonnale (7 études), la méta-analyse a rapporté une réduction significative de la PA systolique de – 7.3 mmHg [95%CI, −9.6 à −5.0], et de la PA diastolique: −2.5 mmHg [95% CI, −3.8 à−1.2]). Et en n’incluant que les données des études de bonne qualité (8 études), la méta-analyse a rapporté une réduction de la PA systolique de −7.8 mmHg [95% CI, −9.6 à −6.0], et de la PA diastolique de −3.8 mmHg [95% CI, −5.3 à −2.3].

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Certaines interventions pharmaceutiques sont-elles plus efficaces que d’autres pour la gestion des risques cardiovasculaires? et quelles sont-elles alors?
  • L’inclusion des résultats des études non publiées aurait-elle engendré des résultats et conclusions différents ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la possibilité d’évaluer l’impact de chacune des interventions indépendamment l’une de l’autre afin de voir si l’une d’elles est plus efficace.
  • Réfléchir au moyen d’améliorer les interventions afin de les rendre les plus efficientes possibles.
  • Comparer vos indicateurs à ceux rencontrés dans la littératures pour ajuster vos interventions si besoin et améliorer vos pratiques.

Auteur Mylène Breton

Création 30 mars 2015

Publication 29 avril 2015

Auto-contrôle et interventions pharmaceutiques non pharmacologiques: quels retentissements sur la pression artérielle?

Glynn LG, Murphy AW, Smith SM, Schroeder K, Fahey T. Self-monitoring and other non-pharmacological interventions to improve the management of hypertension in primary care: a systematic review. Br J Gen Pract. 2010 Dec;60(581):e476-88. Review. PubMed PMID: 21144192; PubMed Central PMCID: PMC2991764.

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse dont l’objectif a été de déterminer les retombées des interventions visant à améliorer le contrôle de la pression artérielle chez les patients atteints d’hypertension artérielle.
  • Cette revue de littérature a été réalisée à partir des bases de données Cochrane Controlled Trials Register, Medline et Embase. Deux auteurs ont évalué indépendamment les titres et résumés obtenus à partir de la recherche. Les désaccords ont été résolus par discussion et le verdict final a été donné par deux auteurs supplémentaires.
  • 72 études randomisées contrôlées incluses sur 9 531 études identifiées.
  • Dans le cas de l’auto-contrôle: réduction significative de la pression artérielle (PA) systolique: –2.5 mmHg [95% CI = –3.7 à –1.3 mmHg] (12 études), réduction de la PA diastolique: –1.8 mmHg [95% CI = –2.4 à –1.2 mmHg] (14 études) et pas d’amélioration significative du contrôle de la PA : OR 1.0, [95% CI = 0.8 à 1.2] (6 études)
  • Dans le cas d’interventions de type éducation des patients: 11 études ramènent une différence significative pour la PA systolique et 13 études ramènent aussi une différence significative pour la PA  diastolique mais résultats trop hétérogènes pour les combiner. Amélioration significative du contrôle de la PA : OR=0.83 [95% CI = 0.75 à 0.91]
  • Dans le cas d’interventions de type éducation des médecins: pas de diminution significative de la PA systolique (–2.0 mmHg [95% CI = –3.5 à 0,6 mmHg] p<0,05, résultats hétérogènes), ou PA diastolique (–0.4 mmHg [95% CI = –1.1 à 0.3 mmHg]).
  • Dans le cas d’interventions de type soins conduits par un pharmacien ou une infirmière: différence significative dans la majorité des études. Mais résultats trop hétérogènes pour les combiner.

Ce que nous savions déjà 

Ce qu’on se pose comme question  

  • Peut-on comparer les résultats obtenus avec différentes interventions pour mettre en évidence celle(s) qui semblerai(en)t être la (les) plus efficace(s)?
  • Comment inclure des études aux résultats moins hétérogènes et permettre de réaliser la méta-analyse?
  • Y aurait-il des différences quant aux résultats si l’évaluation ne porter que sur une population homogène de patients avec une PA non contrôlée versus une population hétérogène de patients avec une PA contrôlée et non contrôlée ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Continuer à éduquer les patients, et à les sensibiliser sur l’importance de l’auto-contrôle.
  • Instaurer des consultations pharmaceutiques au cours ou à la sortie de l’hospitalisation ou à l’officine pour favoriser l’éducation.
  • Evaluer les retombées spécifiques des adaptations ou modifications de traitement suggérées par le pharmacien.

Auteurs Mylène Breton

Relecteur 

Création 30 mars 2015

Publication 22 avril 2015

Quelles sont les retombées des soins pharmaceutiques dans la prise en charge des patients âgés?

Lee JK, Slack MK, Martin J, Ehrman C, Chisholm-Burns M. Geriatric patient care by U.S. pharmacists in healthcare teams: systematic review and meta-analyses. J Am Geriatr Soc. 2013 Jul;61(7):1119-27.  Epub 2013 Jun 24. Review. PubMed PMID: 23796001.

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse dont l’objectif a été d’évaluer les effets des soins pharmaceutiques en gériatrie.
  • Revue qui n’a inclus que des études se déroulant aux Etats-Unis.
  • Réalisée à partir d’une base de données préexistante1 d’études publiées jusqu’en janvier 2009. Puis complétée par une autre recherche jusqu’en juillet 2012 en utilisant les bases de données NLM PubMed/MEDLINE, Ovid/MEDLINE, ABI/INFORM, Health Business Fulltext Elite, Academic Search Complete, International Pharmaceutical Abstracts , PsycINFO, Cochrane Database of Systematic Reviews, et Clinical-Trials.gov
  • Stratégie de recherche incluant les mots clés suivants: « older adults », « elderly », « senior », « frail », « aged elderly » et « aged » en plus du vocabulaire contrôlé de MEDLINE. La bibliographie des revues et méta-analyses a aussi fait l’objet d’une analyse pour identifier de potentiels articles oubliés.
  • Revue menée par un pharmacien expert en pratique gériatrique. Deux réviseurs ont analysé les articles et évalué l’éligibilité de manière indépendante puis se sont réunis pour consolider les données et statuer par consensus sur les différences.
  • La méta-analyse a été effectuée à l’aide du logiciel Comprehensive Meta analysis Program (Biostat, Englewood, NJ). Les données ont été analysées pour quatre catégories d’indicateurs : thérapeutique (p.ex mortalité, pression artérielle, INR), sécurité (p.ex. chutes, effets indésirables), hospitalisation (p.ex. nombre d’hospitalisation, durée) et observance.
  • 20 articles inclus sur 1431 articles identifiés par la recherche : 6 études randomisées contrôlées, 4 études de cohorte prospectives, 3 études de cohorte rétrospectives, 5 études pré-post, 2 études avant-après.
  • Avantage significatif des interventions et soins pharmaceutiques pour chaque catégorie d’indicateur :
    • Thérapeutique : SMD (Standardized mean difference) = -0,81 [95% CI : -0,94 à -0,67] ; -0,36 [95% CI : -0,54 à -0,17] après stratification ; p<0,001
    • Sécurité : SMD=-0,33 [95% CI : -0,44 à -0,22] ; p<0,00
    • Hospitalisation : SMD = -0,33 [95% CI : -0,44 à -0,23]; -0,41 [95% CI : -0,53 à -0,30] après stratification; p<0,001
    • Observance : SMD = -0,78 [95% CI : -0,97 à -0,59]; -0,36 [95% CI: -0,58 à -0,14] après stratification; p<0,001

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • L’inclusion de données d’études de la littérature grise dans la méta-analyse aurait-elle modifié les résultats et conclusions?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer la possibilité de mettre en place une présence pharmaceutique dans l’équipe médicale de gériatrie : création d’un poste ou réévaluation des besoins et des priorités pour une redistribution des activités pharmaceutiques.
  • Mesurer vos propres indicateurs et les comparer à ceux retrouvés dans la littérature.
  • Définir des axes d’amélioration et réfléchir aux changements à apporter s’il y a lieu.

1 créée pour une précédente revue systématique et méta-analyse (Chisholm-Burns MA, Kim Lee J, Spivey CA et al. US pharmacists’ effect as team members on patient care: Systematic review and meta-analyses. Med Care 2010;48:923–933). (blogue « Quels sont les effets de l’implication du pharmacien dans les soins directs au patient? »  publié le 8 avril 2015)

Auteur : Mylène Breton

Relecteur: Jean-François Bussières

Création : 11 mars 2015

Publication : 15 avril 2015

 

 

Quels sont les effets de l’implication du pharmacien dans les soins directs au patient?

Chisholm-Burns MA, Kim Lee J, Spivey CA, Slack M, Herrier RN, Hall-Lipsy E, Graff Zivin J, Abraham I, Palmer J, Martin JR, Kramer SS, Wunz T. US pharmacists’ effect as team members on patient care: systematic review and meta-analyses. Med  Care. 2010 Oct;48(10):923-33. Review. PubMed PMID: 20720510.

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue systématique et méta-analyse dont l’objectif est d’évaluer l’impact des soins pharmaceutiques en terme de traitement, de sécurité et de paramètres « humains ».
  • A inclus des études conduites aux Etats-Unis uniquement.
  • Réalisée d’après “Cochrane Handbook and Systematic Reviews in Health Care: Meta-analysis in Context.” Les bases de données suivantes ont été utilisées: NLM PubMed (1950); Ovid/MEDLINE ABI/ INFORM, Health Business Fulltext Elite, Academic Search Complete, International Pharmaceutical Abstracts (IPA), PsycINFO, Cochrane Database of Systematic Reviews, National Guideline Clearinghouse, Database of Abstracts of Reviews of Effects, ClinicalTrials.gov, LexisNexis Academic Universe, and Google Scholar. En complément, la recherche a aussi été faite dans la bibliographie des revues systématiques, méta-analyses et revues de littérature identifiées.
  • Deux équipes (composées d’un pharmacien et d’un expert en sciences sociales) ont évalué les articles identifiés divisés en deux groupes. Les données ont été extraites indépendamment par ces mêmes équipes. La méta-analyse a été conduite à partir des résultats des études randomisées contrôlées grâce au logiciel Comprehensive Meta-analysis Program (Biostat, Inc, Englewood, NJ)
  • 298 articles inclus sur les 56 573 articles identifiés, dont 81 études randomisées contrôlées.
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 50 études sur 59 concernant la pression artérielle. Différence significative entre les groupes « intervention » et « témoin »  pour la pression artérielle diastolique : SMD = – 0,31 (p=0,001) (13 études) et pour la pression artérielle systolique: SMD = -0,49 (p<0,001).
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 32 études sur 36 concernant la concentration d’HbA1c. Différence significative: SMD = -0,63 (p=0,005) entre les groupes « intervention » et « témoin »(6 études).
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 44 études sur 54 concernant le taux de LDLc. Réduction significative : SMD = -0,3 (p=0,01) entre les groupes « intervention » et « témoin »(8 études).
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 26 études sur 54 concernant l’observance. Différence significative entre les groupes « intervention » et « témoin » : SMD = -0,58 (p=0,001) (14 études)
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 20 études sur 35 concernant les connaissances du patient. Différence significative entre les groupes « intervention » et « témoin » : SMD = -1,14 (p=0,001) (6 études)
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 4 études sur 31; mixtes dans 12 études et sans effets dans 14 études quant à la qualité de vie. Différence significative entre les groupes « intervention » et « témoin » : SMD = -0,13(p=0,003) (5 études)
  • Interventions pharmaceutiques favorables dans 22 études sur 28 concernant la survenue d’événements indésirables. Différence significative entre les groupes « intervention » et « témoin » : OR=0,53, réduction de 47% (p=0,01) dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle.

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question 

  • Les études incluses ont-elles une puissance suffisante (une taille échantillonnale assez grande) pour détecter une différence significative?
  • Comme pour de nombreuses revues systématiques, les résultats auraient-ils été différents si des études non publiées avaient été incluses?
  • Quelques détails descriptifs plus précis auraient-ils pu être ajoutés aux interventions rapportant des résultats bénéfiques?
  • Serait-il possible de refaire une revue systématique similaire, mais en favorisant l’association d’études présentant des interventions similaires donc comparables?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Évaluer les retombées de vos propres interventions en mesurant les mêmes indicateurs.
  • Pour garantir la puissance de l’étude, veiller à utiliser un échantillon de taille suffisamment grande, si possible.
  • Comparer vos résultats à ceux rapportés dans cette étude.
  • Partager vos propres expériences et donner des détails des stratégies de prise en charge, des interventions visant à améliorer ces résultats.

Auteurs : Mylène Breton

Création : 26 mars 2015

Publication : 08 avril 2015

Quel impact a le pharmacien dans la gestion du traitement par warfarine?

Saokaew S, Permsuwan U, Chaiyakunapruk N, Nathisuwan S, Sukonthasarn A. Effectiveness of pharmacist-participated warfarin therapy management: a systematic review and meta-analysis. J Thromb Haemost. 2010 Nov;8(11):2418-27.Review. PubMed PMID: 20831620.

Ce que cette étude nous apprend

  • Revue et méta-analyse visant à comparer l’impact des pharmaciens dans la gestion du traitement par warfarine sur les événements hémorragiques et thrombo-emboliques par rapport aux soins classiques.
  • Inclusion d’études se déroulant dans plusieurs pays.
  • La revue systématique a été réalisée à partir des bases de données MEDLINE, SCOPUS, EMBASE, IPA, CINAHL, Cochrane CENTRAL, Thai Index Medicus et Thai Medical Index. La stratégie de recherche est basée sur l’utilisation de termes MeSH liés à « warfarin » and « pharmacists » et les mots clés  » warfarin », « anticoagulation » et « pharmacist ». Une recherche complémentaire dans la bibliographie des articles identifiés a également été réalisée.
  • La recherche a été conduite par deux auteurs de manière indépendante tout comme l’évaluation de la qualité des articles inclus. Cette évaluation a été réalisée à partir de la méthode Downs and Black’s pour l’ensemble des études et associée à l’utilisation de l’échelle Jadad pour les études contrôlées randomisées.
  • La méta-analyse a été réalisée en séparant les résultats des études contrôlées randomisées des autres études.
  • Les paramètres choisis pour l’analyse ont été les saignements associés à la warfarine, les événements thromboemboliques et la mortalité.
  • 24 articles inclus sur 661 articles identifiés par la recherche avec 5 études randomisées contrôlées, 9 études quasi-expérimentales, 10 études de cohorte.
  • Réduction significative des saignements de 49%  dans le groupe « intervention » versus le groupe contrôle pour un pool de quatre études randomisées contrôlées (RR=0.51 [95% CI, 0.28–0.94]) et de 29% pour les 19 autres études (RR= 0.71 [95%CI, 0.52–0.96] p= 0.028)
  • Diminution non significative des événements thrombo-emboliques  dans le groupe « intervention » versus le groupe « contrôle »  pour un pool de quatre études randomisées contrôlées (RR= 0.79 [95% CI, 0.33–1.93]; p = 0.61) et réduction significative de 63% pour 15 autres études (RR, 0.37  [95%CI, 0.26–0.53]; P < 0.001).
  • Diminution non significative de la mortalité toutes causes confondues dans le groupe « intervention » versus le groupe « contrôle » pour un pool de trois études randomisées contrôlées (RR= 0,93 [95% CI, 0,41-2,13] p=0,867) ainsi que pour un pool de quatre autres études de devis différents (RR= 0,85 [95% CI, 0,37-1,98] p=0,711)
  • Diminution non significative de la mortalité liée à la warfarine dans le groupe « intervention » versus le groupe « contrôle »  pour un pool de deux études randomisées contrôlées (RR= 0,65 [95% CI, 0,18-2,42] p=0,524) et réduction significative de 23%  pour 4 autres études (RR=0,77 [95% CI, 0,39-1,53] p=0,459).

Ce que nous savions déjà

Ce qu’on se pose comme question

  • Est-ce vraiment fiable de regrouper des résultats d’études présentant de grandes variabilités entre elles (p.ex. population, activités pharmaceutiques et interventions, soins habituels, système de santé, définition de « saignement »)?
  • L’inclusion d’études randomisées contrôlées présentant un suivi à plus long terme et une taille échantillonnale plus grande aurait-elle changé les résultats de la méta-analyse? Aurait-on mis en évidence une différence significative quant aux événements thrombo-emboliques et à la mortalité comme pour les études de devis différents (mais de moins bonne qualité) ?
  • L’ajout des études publiées dans les bases de données locales (auxquelles les auteurs n’avaient pas accès) aurait-il modifié les conclusions?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir aux stratégies et interventions pour améliorer la prise en charge des patients sous anticoagulant et diminuer les complications associées (p.ex. éducation thérapeutique, recommandation de dosage, évaluation de la pharmacothérapie du patient dans son ensemble pour les interactions par exemple)
  • Évaluer l’efficience de vos propres interventions: rechercher les données de la littérature pour comparer votre méthode d’intervention, vos indicateurs de résultats, les points à améliorer etc…

 Auteur  Mylène Breton

Relecteur Jean-François Bussières

Création 13 mars 2015

Publication 1er avril 2015

La standardisation de la validation pharmaceutique en oncologie peut-elle réduire les erreurs médicamenteuses ?

Serrano Fabiá A, Cavero Rodrigo E, Albert Marí A, Almenar Cubells D, Jiménez Torres NV. Pharmaceutical validation as a process of improving the quality of antineoplastic treatment. J Oncol Pharm Pract. 2005 Jun;11(2):45-50

Ce que cette étude nous apprend

  • Étude de cohorte prospective au sein des unités d’oncologie et d’hématologie d’un hôpital universitaire en Espagne.
  • L’objectif est d’évaluer de façon systématique les retombées d’un outil de validation pharmaceutique des ordonnances en hémato-oncologie dans un établissement de santé.
  • Échantillon de 11961 patients-jours dont 5851 ayant reçu l’intervention pharmaceutique (validation pharmaceutique) en 2002 et 6110 patients-jours n’ayant pas  reçu l’intervention pharmaceutique en 2001.
  • L’intervention pharmaceutique consistait à valider les étapes de prescription des antinéoplasiques d’une façon plus systématique incluant la prise en compte du diagnostic et des indications, la fréquence et le nombre de cycles, la date de dernière administration de chimiothérapie, la dose adaptée au patient avec notamment les paramètres biochimiques et hématologiques. Elle incluait également la validation des préparations incluant le type et le volume de médicaments et/ou de diluants, les conditions de préparation et la dose de chaque médicament antinéoplasique ou de soins de support. L’outil a été développé de façon multidisciplinaire (pharmaciens, oncologues et hématologues) afin de standardiser la validation pharmaceutique.
  • En 2001, 14,08 Erreurs Médicamenteuses (EM)/1000 patients-jours (pt-jr) ont été détectées, versus 19,83 EM/1000 pt-jr en 2002 ce qui montre une augmentation significative de 41% dans la détection des EM (p=0,015). Cette différence est significative à l’étape de prescription (p=0,0002) et concernant les antinéoplasiques (p=0,0009). Le taux d’EM/1000 pt-jr avec une signification clinique importante (sévérité > ou = 4 sur une échelle de 8) a plus que doublé entre 2001 (4,09EM/1000 pt-jr) et 2002 (8,89EM/1000 pt-jr) (p=0,0013). Le taux d’EM/1000 pt-jr est significativement plus élevé en hématologie (37,09EM/1000 pt-jr) qu’en oncologie (13,39EM/1000 pt-jr) (p<0,00001).

Ce que nous savions déjà

  • La validation pharmaceutique des ordonnances est incontournable ; toutefois, le processus de validation n’est pas forcément standardisé dans tous les établissements de santé.
  • Le rôle et les retombées du pharmacien en oncologie sont bien documentés. Nous avons recensé 4 études indexées démontrant une meilleure prévention des erreurs médicamenteuse grâce à la présence du pharmacien soient  PMID19662439 PMID21880891 PMID18052618 PMID19617304.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche de synthèse sur l’oncologie.
  • On peut consulter l’article Démarche pour la mise à niveau d’un secteur de soins pharmaceutiques : le cas de l’hémato-oncologie au CHU Sainte-Justine.

Ce qu’on se pose comme question

  • Les résultats sont-ils généralisables à d’autres cliniques et hôpitaux en oncologie ?
  • Les résultats auraient-ils été similaires si le groupe contrôle avait été inclut en même temps que le groupe intervention (avec standardisation de la validation pharmaceutique) ?
  • Les résultats auraient-ils été similaires avec une étude randomisée contrôlée ?
  • Quelle est la méthode optimale de validation pharmaceutique des ordonnances ?
  • Intègre-t-on suffisamment cet aspect à la formation des pharmaciens nord-américains compte tenu de l’importance accrue donnée à la prestation de soins directs aux patients ?

Ce que vous pouvez notamment faire

  • Réfléchir à la mise en place structurée d’un processus systématique de validation pharmaceutique des ordonnances, en complément à la prestation de soins pharmaceutiques décentralisés en oncologie ambulatoire et en hospitalisation.
  • Comparer le taux d’EM de cette étude à votre taux local d’EM
  • Partager davantage les stratégies de prise en charge en oncologie.

 

Auteurs : Mathilde Billaux

Relecteur : Jean-François Bussières

Création : 12 janvier 2015

Publication : 25 mars 2015