Le pharmacien peut-il améliorer la gestion des allergies aux bêta-lactamines?

9 krey - beta-lactamines

Krey SC, Waise J, Skrupky LP.

J Pharm Pract. 2017 Jan 1:897190017743154. doi: 10.1177/089719001774315

Ce que l’étude nous apprend :

  • Il s’agit d’une étude avant-après réalisée dans un hôpital communautaire des États-Unis en 2015 et 2016 : trois mois en pré-intervention et 4 mois en post-intervention.
  • Les objectifs de l’étude étaient d’améliorer l’historique et la documentation allergique des patients et d’augmenter l’utilisation de bêta-lactamines en situation appropriée, parmi des patients ayant une allergie reportée aux bêta-lactamines.
  • L’intervention du pharmacien consistait en la supervision des techniciens et infirmières à propos de la documentation allergique, ils s’occupaient des allergies plus rares et complétaient les informations dans le dossier électronique du patient. À propos de la sélection antibiotique, les pharmaciens émettaient des recommandations aux prescripteurs concernant l’utilisation de beta-lactamines si approprié, en s’aidant de directives locales pour les patients ayant des allergies reportées. Les pharmaciens étaient éduqués sur les mécanismes allergiques, les réactions croisées aux bêta-lactamines et sur l’utilisation d’outils référencés
  • L’intervention du pharmacien a permis une augmentation significative de l’historique des allergies aux beta-lactamines : groupe pré-intervention= 8.8% VS groupe post-intervention= 28.4% p=0.001 ainsi qu’une augmentation significative de transition aux beta-lactamines : groupe pré-intervention= 11.4% VS groupe post-intervention= 25.7% p=0.022 et du nombre d’antibiotiques reçu à la sortie; groupe pré-intervention= 36.3% VS groupe post-intervention= 56.8% p=0.006 dont des bêta-lactamines : groupe pré-intervention= 18.2% VS groupe post-intervention= 42% p=0.031. Cependant, il n’y a pas eu de différence significative sur la documentation allergique ni sur l’utilisation d’antibiotiques autres que des beta-lactamines.

Ce que l’on se pose comme question :

  • Ces mesures diminuent-t-elle les résistances aux antibiotiques?
  • Quel est l’acceptation de l’intervention pharmaceutique par les médecins?
  • Ce type d’intervention est-il applicable à toutes les classes d’antibiotiques?
  • Quel est le coût de l’intervention?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Améliorer l’historique médicamenteux de chaque patient pour tout type de traitement
  • Former le personnel soignant à la gestion des allergies
  • Privilégier les bêta-lactamines si approprié, afin d’épargner les antibiotiques de seconde ligne

La conciliation médicamenteuse limite-t-elle le nombre événements indésirables médicamenteux prévisibles?

visual

Al-Hashar A, Al-Zakwani I, Eriksson T, Sarakbi A, Al-Zadjali B, Al Mubaihsi S, Al Zaabi M. Int J Clin Pharm. 2018 May 12. doi: 10.1007/s11096-018-0650-8

 

Ce que l’étude nous apprend :         

  • Il s’agit d’une étude randomisée contrôlée réalisée en Oman incluant 572 patients : 286 dans un groupe intervention et 301 dans un groupe contrôle.
  • Les objectifs de l’étude étaient d’investiguer l’impact de la conciliation médicamenteuse sur le taux événements indésirables prévisibles à l’admission et à la sortie ainsi que sur les soins de santé 30 jours après la sortie de l’hôpital.
  • L’intervention du pharmacien consistait à la mise en place d’une revue médicamenteuse complète afin d’obtenir l’historique médicamenteux et identifier les besoins de consultation, identifier et résoudre les divergences médicamenteuses, effectuer une revue médicamenteuse de sortie, dispenser et apporter les médicaments de sortie au chevet du patient  pour lui donner des conseils associés et remettre une liste médicamenteuse explicative au patient.
  • L’intervention du pharmacien a permis une diminution significative du nombre de patients avec au moins un événement indésirable prévisible entre le groupe intervention : 26/286 patients (9.1%) et  groupe contrôle 49/301 patients (16%) p=0.009. La tendance est identique  sur le nombre de patients hospitalisés dus à un événement indésirable prévisibles entre le groupe intervention : 6/286 patients (2.1%) comparé au groupe contrôle 16/301 patients (5.3%) p=0.040. Cependant, l’impact sur les soins de santé n’est pas significatif: le nombre de visites aux urgences, à l’hôpital et les réadmissions non planifiées à 30 jours sont semblables dans les deux groupes.

 

Ce que l’on se pose comme question :

  • Est-il possible d’étendre la conciliation médicamenteuse à une autre population (patients sans pathologies chroniques par exemple)?
  • Comment obtenir des résultats significatifs sur les soins de santé?
  • Les résultats auraient-ils été similaires dans un pays autre que l’Oman ?
  • Quel temps est nécessaire au pharmacien pour effectuer la totalité de l’intervention pharmaceutique?
  • Qu’en est-il des résultats à 90 ou 180 jours?

 

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Développer la conciliation médicamenteuse dans chaque service.
  • Suivre le patient sur toute sa durée de séjour à l’hôpital : de l’admission à la sortie.
  • Distribuer des fiches explicatives des médicaments à la sortie afin de diminuer les potentiels événements indésirables prévisibles.

 

Une vidéo pour améliorer l’adhérence au traitement?

gupta - télépharmacie

Gupta V, Hincapie AL, Frausto S, Bhutada NS. Res Social Adm Pharm. 2016 Nov – Dec;12(6):926-936. doi: 10.1016/j.sapharm.2015.11.003. Epub 2015 Nov 19.

Ce que l’étude nous apprend :         

  • Cette étude transversale réalisée aux États-Unis a inclus 166 patients atteints de pathologies chroniques.
  • L’objectif principal de l’étude était d’améliorer la compréhension des patients sur l’importance de l’adhérence au traitement à partir d’une vidéo.
  • La première partie de la vidéo abordait la définition, l’explication des termes importants et les coûts associés au défaut d’adhérence. La seconde partie soulignait les raisons et les risques associées à la non-adhérence au traitement : pour le patient et pour sa famille.
  • L’impact de l’intervention pharmaceutique a été évalué à travers deux questionnaires : pré-visionnage et un mois après.
  • Grâce à la vidéo de sensibilisation, le nombre de patients « Extrêmement familier » avec le terme « adhérence au traitement » a augmenté entre le questionnaire pré-intervention (n= 12, 7%) VS post-intervention (n= 41, 25%) p<0.001. Un plus grand nombre de patients étaient capable de définir le terme entre le questionnaire pré-intervention (n= 125, 75%) VS post-intervention (n= 145, 87%) p=0.001.
  • Le taux de patients considérant « important » ou « très important » de prendre son traitement tous les jours à la même heure était significativement plus important dans le groupe post-intervention (92%) VS dans le groupe pré-intervention (84%) p=0.002. De plus, après la vidéo les patients identifiaient mieux leur non-adhérence comme ayant un impact sur leur famille : groupe post-intervention (48%) VS dans le groupe pré-intervention (39%) p=0.011.

 

Ce que l’on se pose comme question :

  • Comment adapter les vidéos pour d’autres thèmes?
  • Quels seraient les résultats du questionnaire 3 mois, 6 mois ou 1 an après l’intervention?
  • Quel est le coût de l’intervention?

 

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Réaliser des vidéos de sensibilisation pour d’autres thèmes.
  • Promouvoir la télépharmacie.
  • Développer d’autres supports de sensibilisation et d’éducation au patient.

 

Auteurs : Célie Malaure, Éléonore Ferrand

Création : 7 juillet 2018

 

Quel est l’impact du pharmacien dans le traitement antibiotique des pneumonies aux urgences ?

CALQUE résumé virtuel

Faine BA, Mohr N, Dietrich J, Meadow L, Harland KK, Chrischilles E.

West J Emerg Med. 2017 Aug;18(5):856-863. doi: 10.5811/westjem.2017.5.33901. Epub 2017 Jul 10.

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude de cohorte rétrospective menée dans un service d’urgences du centre médical académique d’Iowa, aux États-Unis entre Juillet 2008 et Mars 2016.
  • L’étude inclut 406 patients admis pour une pneumopathie et répartis en deux groupes : un groupe intervention (n= 103) avec des patients ayant reçu des antibiotiques aux urgences lorsqu’un pharmacien clinicien était présent  et un groupe contrôle (n=303) ayant reçu des antibiotiques sans qu’un pharmacien clinicien ne soit présent dans le service.
  • L’objectif principal de l’étude était de tester l’hypothèse selon laquelle la présence d’un pharmacien clinicien aux urgences améliore l’adéquation du traitement antimicrobien empirique pour une pneumopathie communautaire ou nosocomiale. Secondairement, le but consistait à évaluer si la présence d’un pharmacien clinicien aux urgences améliore le temps d’attente avant l’instauration d’antibiotiques, si des antibiotiques appropriés sont plus couramment utilisé, si la durée d’hospitalisation est réduite, si les réadmissions des patients pour pneumonie diminuent et si la mortalité est réduite.
  • La présence du pharmacien aux urgences a permis une augmentation significative du taux de traitements e antibiotiques appropriés : groupe intervention (58.3%) VS groupe contrôle (38.3%) (p<0.001), et une augmentation significative du taux de traitements identiques poursuivis après hospitalisation : groupe intervention (65%) VS groupe contrôle (35%) (p<0.001). Cependant, on ne retrouve pas de résultats significatifs quant au temps d’attente avant l’instauration d’antibiotiques, la durée d’hospitalisation, le taux de réadmission à 30 jours, et le taux de mortalité.

Ce que l’on se pose comme question :

  • La présence d’un pharmacien aux urgences aurait elle un impact sur d’autres pathologies ?
  • Quelles étaient les interventions du pharmacien aux urgences ?
  • Est-il réellement possible d’évaluer le rôle du pharmacien sur la mortalité ?
  • Quel est le coût d’un pharmacien clinicien aux urgences?
  • Comment est perçue l’intervention du pharmacien aux urgences par les patients et le personnel médical ?
  • Quel est l’impact sur le taux de résistance des patients aux antibiotiques ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Améliorer l’adéquation des traitements antibiotiques dans tous les services des hôpitaux
  • Se concentrer sur les impacts cliniques pour les patients

 

Auteurs: Célie MALAURE, Éléonore FERRAND

Création: 22 juin 2018

 

Adhésion aux traitements antidiabétiques: quels rôles joue le pharmacien?

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Erku DA, Ayele AA, Mekuria AB, Belachew SA, Hailemeskel B, Tegegn HG.

Pharm Pract (Granada). 2017 Jul-Sep;15(3):1026. doi: 10.18549/PharmPract.2017.03.1026. Epub 2017 Aug 26

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude prospective randomisée contrôlée dans un hôpital universitaire de Gondar, au nord-ouest de l’Éthiopie.
  • L’étude inclut 127 patients diabétiques de type 2 entre février et juillet 2016. Les patients sont répartis en deux groupes : un groupe ayant bénéficié des soins usuels et d’un programme personnalisé sur la gestion de la thérapie médicamenteuse (groupe intervention = 62 patients) et un groupe ayant reçu les soins usuels (groupe contrôle= 65 patients).
  • Les objectifs de l’étude consistaient en l’évaluation de l’efficacité de la conduite du pharmacien sur la gestion de la thérapie médicamenteuse ; l’adhésion et les admissions hospitalières des patients diabétiques de type 2.
  • L’intervention du pharmacien clinicien sur le groupe intervention consistait en la mise en place d’un programme personnalisé sur la gestion médicamenteuse : un entretien de 45 minutes tous les 3 mois pour optimiser l’approche thérapeutique et un service de suivi par téléphone pour les patients demandeurs pendant les 6 mois d’étude.
  • La mise en place du programme a permis une augmentation significative de l’adhérence des patients à leur traitement entre le début du suivi et la fin de l’étude à 6 mois : évolution dans le groupe intervention de 9.2% à 61% (p<0.001) VS pour le groupe contrôle : de 13.2% à 30.2% (p=0.261). La différence entre les deux groupes est significative (p<0.01).
  • Le taux d’admission à l’hôpital a été nettement moins important pour le groupe intervention (23/54 patients) VS groupe contrôle (48/53 patients) (p<0.001) soit 52.1% d’admissions en moins.

Ce que l’on se pose comme question :

  • Quelles seraient les retombées pharmacologiques des données de suivi bénéfiques de ce programme?
  • Aurait-on eu les mêmes résultats dans un hôpital d’un pays développé?
  • Le bon accueil par le patient de la gestion de la thérapeutique médicamenteuse serait-il le même pour des pathologies chroniques autres que le diabète?
  • Quel est le coût de l’intervention?
  • Est-il possible de quantifier l’impact sur la morbidité?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Mettre en place le service de suivi du patient par consultation téléphonique.
  • Appliquer le programme de gestion des thérapies médicamenteuses en pharmacie communautaires et en hôpital.

Auteur : Célie Malaure, Éléonore Ferrand

Création : 15 juin 2018

Le pharmacien peut-il améliorer la gestion du traitement de la warfarine par les patients?

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Choumane NS, Malaeb DN, Malaeb B, Hallit S.

BMC Health Serv Res. 2018 Feb 1;18(1):80. doi: 10.1186/s12913-018-2874-7.

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude transversale prospective multicentrique réalisée dans trois hôpitaux universitaires urbains du Liban.
  • L’étude se déroule de Janvier à juin 2016 et regroupe 259 patients. À travers un questionnaire rempli par les patients avant puis après l’intervention des professionnels de santé (pharmacien et médecin clinicien), leur niveau de connaissances et leur progrès sur la gestion du traitement par warfarine ont pu être mesuré. Le pharmacien insistait sur les effets indésirables et l’importance de l’observance.
  • L’intervention a permis une augmentation du score globale des connaissances des patients : pré-intervention : 4.95 VS post-intervention : 13.15 (p<0.001). Le score de connaissances des paramètres individuels a aussi augmenté : information sur le médicament, dose, INR, toxicité, interactions médicamenteuses et alimentaires (p<0.001). De plus, le nombre de patients atteignant l’INR cible entre la pré et la post intervention est significatif : 37.2% VS 74.4% (p<0.001).

Ce que l’on se pose comme question :

  • Le questionnaire remis aux patients est-il de qualité suffisante pour objectiver les connaissances ?
  • Est il possible d’attribuer l’amélioration des connaissances des patients seulement grâce à l’intervention pharmaceutique?
  • Une meilleure connaissance des patients sur la gestion de leur traitement anticoagulante est-elle la meilleure arme pour réduire les effets indésirables?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Pratiquer l’éducation thérapeutique pour tous les patients sous anticoagulants oraux.
  • Encourager le travail en multidisciplinarité pour mieux gérer les effets indésirables.
  • Étendre l’éducation des patients à d’autres classes médicamenteuses pour améliorer leurs connaissances.

Auteur : Célie Malaure, Éléonore Ferrand

Création : 31 mai 2018

Le pharmacien peut-il diminuer le risque cardio-vasculaire de patients diabétiques de type 2 à travers ses interventions?

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Al Hamarneh YN, Hemmelgarn BR, Hassan I, Jones CA, Tsuyuki RT.

Can J Diabetes. 2017 Dec;41(6):580-586. doi: 10.1016/j.jcjd.2017.08.244. Epub 2017 Sep 28.

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude prospective randomisée contrôlée menée dans 56 pharmacies communautaires en Alberta au Canada
  • Entre janvier 2014 et juin 2015, l’étude inclut 573 patients diabétiques de type 2 répartis en deux groupes : un groupe intervention (n=286 patients) et un groupe contrôle (n=287 patients)
  • L’objectif de l’étude était d’évaluer les répercussions d’un programme d’intervention des pharmaciens sur l’estimation du risque cardio-vasculaire chez les patients diabétiques.
  • L’intervention pharmaceutique sur le groupe intervention englobait l’évaluation du patient, des résultats de laboratoire et une évaluation individualisée du risque cardio-vasculaire. Les pharmaciens donnaient des recommandations liées aux traitements, initiaient ou adaptaient le traitement afin d’obtenir des paramètres de facteurs de risque cardio-vasculaire conformes aux normes.
  • A trois mois : l’intervention pharmaceutique a permis une réduction relative du risque cardio-vasculaire de 21% (p<0.001) soit une différence pour le groupe intervention de 25.8% à 20.1% VS pour le groupe contrôle de 26.9% à 26.5%. Les facteurs de risques individuels se sont également améliorés : baisse de 0.9% du taux d’hémoglobine glyquée (p<0.001), de 8.6 mmHg pour la pression systolique (p<0.001), de 2.7mmHg pour la pression diastolique (p=0.01), de 0.2 mmol/L pour la concentration de LDL cholestérol (p=0.004),  baisse du nombre de fumeurs de 24.2 %  (p<0.001). De plus, le pharmacien a eu un rôle à jouer dans l’initiation comme dans la déprescription de certains traitements antidiabétiques.

Ce que l’on se pose comme question :

  • Les résultats montrant une réduction du risque cardio-vasculaire et des facteurs de risques individuels seraient-ils les mêmes sur une étude plus longue?
  • L’initiation et la déprescription de certains médicaments ont-ils un effet bénéfique sur la morbidité des patients?
  • Le programme d’intervention des pharmaciens sur l’estimation du risque cardio-vasculaire chez les patients diabétiques est-il généralisable?
  • Serait il aussi efficace sans l’autorisation de prescriptions des pharmaciens en Alberta ? ( autorisation de prescription et d’interprétation des résultats de laboratoires, prescription de thérapies)
  • Les résultats seraient-ils identiques si l’étude était menée avec des insus?
  • Ces résultats sont-ils seulement attribuables à l’intervention du pharmacien?
  • Quel est le coût de l’intervention ?
  • Quelle était le durée des consultations avec le patient ?
  • Quel était le niveau d’acceptation des interventions par les médecins ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Sensibiliser les patients à la gestion de leurs facteurs de risque cardio-vasculaires.
  • Appliquer le programme d’intervention des pharmaciens en routine en pharmacies communautaires.
  • Faire un suivi systématique des patients avec des facteurs de risques cardio-vasculaires mal contrôlés.

Auteur : Célie Malaure, Éléonore Ferrand

Création : 28 mai 2018

Pharmaciens humanitaires: quel est l’impact de la gestion de la thérapeutique à domicile chez des patients syriens?

CALQUE celie 1

Al Alawneh M, Nuaimi N, Basheti IA. Pharmacists in humanitarian crisis

settings: Assessing the impact of pharmacist-delivered home medication management

review service to Syrian refugees in Jordan. Res Social Adm Pharm. 2018 Apr 10.

Lien Impact Pharmacie: 

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude prospective randomisée contrôlée au domicile de réfugiés Syriens vivant dans 3 villes de Jordanie (Anman, Mafraq, Zarqa).
  • L’étude inclut 106 patients entre mai et octobre 2016 répartis en deux groupes aux caractéristiques similaires : un groupe intervention (n=53 patients)  et un groupe contrôle (n=53 patients).
  • Les objectifs de l’étude étaient d’identifier le type et la fréquence des problèmes liées aux traitements parmi les réfugiés Syriens vivant en Jordanie et d’explorer l’impact de la gestion de la thérapeutique à domicile sur la réduction du nombre de problèmes liés aux traitements.
  • L’intervention du pharmacien humanitaire consistait à identifier, documenter et classifier les problèmes liés aux traitements selon leur impact clinique chez les patients. Les pharmaciens donnaient des conseils aux patients et émettaient si besoin des recommandations aux médecins.  Un retour positif du médecin engendrait une consultation médicale afin de valider les changements.
  • L’intervention pharmaceutique a permis une chute significative du nombre de problèmes liés aux traitements entre le début et le suivi à 3 mois dans le groupe intervention : de 600 à 182 problèmes soit une baisse de 69.7% (p<0.001) comparé au groupe contrôle qui enregistre une légère baisse de 541 à 514 soit 5%.
  • Le nombre de problèmes classés majeurs a chuté significativement de 80.9% dans le groupe intervention comparé à une chute de 3.3% dans le groupe contrôle.
  • Le type d’intervention requise pour prévenir ou résoudre les problèmes liés aux traitements étaient une surveillance plus fréquente (24.9%) et l’éducation thérapeutique du patient (20.4%).

Ce que l’on se pose comme question :

  • La population étudiée de réfugiés Syriens est-elle représentative pour conduire d’autres missions à l’échelle mondiale?
  • Est-il possible d’étendre la pratique pharmaceutique de gestion de la thérapeutique à domicile dans un pays hors crise humanitaire?
  • La durée d’intervention du pharmacien non paramétrée selon les besoins du patient est-elle suffisante? (1h max)
  • Quel est le coût de l’intervention et du changement de traitement par rapport au bénéfice?
  • La diminution du nombre de problème liés aux traitements est-elle pérenne?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Réfléchir à la mise en place de la gestion de la thérapeutique à domicile
  • Appliquer la prévention et la résolution des problèmes liés aux traitements en routine.

Auteurs: Célie MALAURE, Éléonore FERRAND

Création: 22 mai 2018

Brochure d’information sur la contraception orale : impact sur les connaissances et l’attitude des femmes Jordaniennes?

CALQUE

Akour A, Bardaweel S, Awwad O, Al-Muhaissen S, Hussein R.

Eur J Contracept Reprod Health Care. 2017 Dec;22(6):459-464. doi: 10.1080/13625187.2017.1412425. Epub 2018 Jan 4.

Ce que l’étude nous apprend :

  • Étude prospective randomisée contrôlée auprès de femmes utilisant la contraception orale à Amman en Jordanie.
  • L’étude inclut 160 patients entre janvier et juillet 2017 répartis en deux groupes aux caractéristiques similaires : un groupe intervention (n=80 patientes) recevant une brochure d’information rédigée par des pharmaciens et un groupe contrôle (n=80 patientes) recevant des conseils habituels.
  • L’objectif de l’étude visait à déterminer les effets d’une brochure d’information fournie par le pharmacien sur les connaissances et l’attitude des femmes à propos de la contraception orale.
  • L’intervention du pharmacien sur le groupe intervention consistait en la distribution et l’explication d’une brochure d’information sur les types de contraceptions orales, leur mécanisme d’action, les précautions et contre-indications.  Par la suite, les deux groupes remplissaient un questionnaire permettant d’évaluer leur connaissances (score de 0 à 5) et attitudes d’utilisation (score de 0 à 6) vis à vis des contraceptifs oraux afin de faire une comparaison : point de départ, juste après puis trois mois après l’intervention.
  • L’intervention pharmaceutique a permis une augmentation significative du score moyen des connaissances entre le début et juste après l’intervention pour le groupe intervention : de 1.76 à 5.00 (p<0.0001).Ce score restait stable trois mois après intervention puis reste stable 3 mois après l’intervention à  4.93 (p=0.033).Il n’y avait pas d’augmentation significative pour le groupe contrôle : 1.29 aux trois stades.  La brochure a permis une augmentation significative du score d’attitude du groupe intervention de 5.15 au départ à 5.50 après intervention (p=0.014) contre pas de changements dans le groupe contrôle.

Ce que l’on se pose comme question :

  • Les résultats de l’étude seraient-ils similaires pour d’autres pathologies?
  • Le taux d’avortement ou de grossesses non désirées a-t-il baissé après cette intervention?
  • Les résultats de l’étude seraient-ils similaires chez des femmes d’autres pays du monde?
  • Quel seraient les scores 6 mois ou 1 an après l’intervention du pharmacien?
  • Quel est le coût de l’intervention par le pharmacien?
  • D’autres méthodes éducatives seraient-elle plus efficace et appropriée?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Distribuer une brochure d’information sur la contraception orale à toutes les patientes en officine et en cliniques.
  • Réaliser des brochures d’informations similaires pour les autres types de contraceptions.
  • Réaliser un suivi des femmes sous contraceptifs.

Auteur : Célie Malaure, Éléonore Ferrand

Création : 20 juin 2018

 

Prévalence des erreurs médicamenteuses à l’entrée et à la sortie des patients diabétiques, une opportunité d’action pour le pharmacien ?

20180808 visual abstract - Breuker

Breuker C, Abraham O, di Trapanie L, Mura T, Macioce V, Boegner C, Jalabert A, Villiet M, Castet-Nicolas A, Avignon A, Sultan A. Patients with diabetes are at high risk of serious medication errors at hospital: Interest of clinical pharmacist intervention to improve healthcare. Eur J Intern Med. 2017 Mar;38:38-45.

Ce que cette étude nous apprend :

  • Étude observationnelle prospective, service d’endocrinologie/diabétologie/nutrition, Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier, France.
  • Échantillon de 904 patients dont 671 diabétiques (75,7% diabète de type 2) et 233 non diabétiques ayant bénéficié de l’intervention pharmaceutique durant 1,5 ans, entre 2013 et 2015.
  • L’objectif de l’étude est d’évaluer la prévalence des erreurs médicales à l’admission et à la sortie selon le statut diabétique ou non des patients et de déterminer l’impact clinique potentiel de ces erreurs.
  • L’équipe de la pharmacie (1 pharmacien hospitalier, 1 interne en pharmacie et 2 étudiants en pharmacie) a, dans un premier temps, réalisé  la conciliation médicamenteuse d’entrée dans les 24h suivant l’admission des patients. Les informations récoltées ont été comparées et validées par un appel téléphonique au pharmacien communautaire, au médecin ou aux infirmiers du patient. Les prescriptions de sortie ont fait l’objet d’une seconde conciliation médicamenteuse puis d’une autre analyse des modifications apportées par les médecins. Les divergences constatées à l’entrée et à la sortie ont été qualifiées d’intentionnelles ou non intentionnelles selon le retour du médecin prescripteur. Les modifications non intentionnelles corrigées par le médecin ont été jugées comme étant des erreurs médicamenteuses. Elles ont ensuite été classées selon leur sévérité potentielle à partir d’une échelle à quatre niveaux : erreur très sévère, erreur sévère, erreur modérée et erreur mineure.
  • 3947 divergences ont été identifiées dont 2676 (67,8%) à l’admission et 1271 (32,2%) à la sortie. Parmi ces divergences, 385 ont été considérées comme non intentionnelles et concernaient 179 patients à l’admission (19,8%) et 87 patients à la sortie (10,1%).
  • 378/385 (98,2%) divergences non intentionnelles ont été corrigées par le médecin et donc définies comme étant des erreurs médicamenteuses : 322 (85,2%) chez les diabétiques et 56 (14,8%) chez les non diabétiques.
  • Ces erreurs médicales sont plus fréquentes chez les patients diabétiques que chez les non diabétiques à l’admission (22,1% contre 10,2%, p < 0.001) et à la sortie (11,4% contre 5,7%, p = 0,01). Les erreurs médicamenteuses des patients diabétiques à l’admission concernent surtout les médicaments de la sphère cardiovasculaire.
  • Les patients diabétiques ont plus d’erreurs considérées comme sévères que les non diabétiques, à la fois à l’admission (33,8% contre 7,1%, p < 0,005) et à la sortie (41,1% contre 0%, p < 0,005). Les erreurs mineures à l’admission sont moins courantes chez les diabétiques (25,7% contre 42,9%, p = 0,06). Les erreurs modérées chez les diabétiques sont également moins fréquentes à la sortie (35,6% contre 69,2%, p = 0,03).

Ce que nous savions déjà :

  • La conciliation médicamenteuse réalisée à l’admission des patients aux urgences est bien documentée.
  • Les patients diabétiques, polymédicamentés sont à risque d’interactions médicamenteuses, d’effets indésirables, d’erreurs médicamenteuses et à défaut d’observance.
  • Les rôles et retombées du pharmacien sur la prise en charge des patients diabétiques sont très bien documentés. Nous avons recensé quelques études indexées dont PMID21787031, PMID22672148 et PMID22147352.
  • On peut consulter le site Impact Pharmacie et la fiche synthèse sur la conciliation médicamenteuse à l’entrée, à la sortie et la fiche synthèse du diabète

Ce qu’on se pose comme question :

  • Les patients de l’étude ont été admis majoritairement pour une hospitalisation programmée. D’autres proviennent des urgences ou d’un transfert. Cela a t’il un impact sur les résultats ?
  • Devons nous nous focaliser uniquement sur les patients polymédicamentés pour la conciliation à l’entrée et à la sortie ?
  • Quel est le devenir de l’intervention sur le long terme ? Le relai hôpital ville est il assuré ?
  • Quel est l’impact de l’intervention sur le taux de réadmission des patients diabétiques ?

Ce que vous pouvez notamment faire :

  • Mettre en place une conciliation médicamenteuse de sortie en plus de la conciliation d’entrée.
  • Utiliser les étudiants en pharmacie pour recueillir l’historique médicamenteux.
  • Faire une étude de coût relative à l’implantation de cette nouvelle pratique.
  • Faire une évaluation de la qualité de vie et la satisfaction des patients diabétiques.
  • Promouvoir les résultats de cette étude pour renforcer la collaboration pharmacien/médecin dans la prise en charge des patients diabétiques.

Auteur : Perrine Scherrer, Éléonore Ferrand

Création : 28 juillet 2017